En ce moment
 

Projet de vente d'UPSA à Agen: la pilule passe mal chez les salariés

Projet de vente d'UPSA à Agen: la pilule passe mal chez les salariés
L'Usine Upsa, du groupe pharmaceutique américain Bristol-Myers Squibb, le 29 mars 2018 à AgenGEORGES GOBET
pharmacie

Les 1.300 salariés d'Upsa à Agen, berceau historique de l'aspirine effervescente, sont inquiets : le propriétaire, le groupe pharmaceutique américain Bristol-Myers Squibb (BMS), pourrait d'ici la fin de l'année décider de vendre l'usine.

BMS a entrepris mi-juin une revue stratégique et, en fonction de ses conclusions attendues en décembre, le groupe "pourrait se séparer des activités d'Upsa par le biais d'une vente ou décider de conserver et de développer l'activité".

Pour le groupe, "il n’est en aucun cas envisagé, à l’issue du processus, de mettre fin aux activités d’Upsa ni de fermer les sites de production d’Agen", selon ce communiqué. Mais ces affirmations ne rassurent ni organisations syndicales ni élus, en état de "vigilance maximale", disent-ils à l'AFP.

"En fonction de l'acquéreur, cela sera positif ou négatif pour le territoire", souligne Jean Dionis du Séjour, le maire Modem d'Agen qui entend mettre BMS devant sa responsabilité sociale.

Upsa, d'où sortent chaque année plus de 330 millions de boîtes, notamment d'aspirine, de Dafalgan, de citrate de Bétaïne ou de Donormyl, est née d'une découverte de 1935 : le radiologue agenais Camille Bru avait constaté que les boissons gazeuses accéléraient les mouvements du tube digestif.

L'usine aujourd'hui, le plus gros employeur privé du département, génère aussi quelque 3.500 emplois indirects.

Le député LREM Michel Lauzzana se dit "attentif" mais pas "inquiet", estimant que les futurs acquéreurs ne rachèteront pas le laboratoire Upsa, un "outil performant dégageant des bénéfices", pour "le démanteler".

Mais les syndicats se montrent plus pessimistes. "Nous avons très peur que le futur repreneur puisse mutiler une partie de notre entreprise en n'en gardant qu'une partie", explique Bruno Bourthol, secrétaire du Comité d'entreprise et délégué FO.

"Nous craignons pour la pérennisation et le développement du site", reconnait Patrick Lopez de Sud-Chimie.

L'annonce de cette possible vente n'est pourtant pas une surprise pour les salariés qui affirment avoir constaté au cours des dix dernières années une baisse des investissements de BMS, propriétaire depuis 1994 d'Upsa.

- "Vache à lait" -

BMS n'investit plus dans l'usine d'Agen - son premier site de production dans le monde, en volumes - depuis plusieurs années, affirment les syndicats.

"Depuis sept ans, ils font beaucoup moins d'investissements commerciaux, là où notre concurrent met 10, ils mettent 1,5 (...) on n'a pas les moyens de se battre à égalité avec nos concurrents", soutient Bruno Bourthol.

Un constat partagé par Laurent Pourcel de Sud-Chimie. "Il n'y a pas d'investissements dans la recherche et développement", selon le syndicaliste qui parle d'"un embellissement de l'entreprise en vitrine mais d'un fond de commerce très fragilisé".

BMS affirme le contraire, expliquant avoir investi 334 millions d'euros depuis 1995, soit 15 millions d'euros par an en moyenne, afin de "préparer l'avenir et de disposer d'un outil industriel à la pointe", martèle un porte-parole.

Pour les salariés, une possible vente d'Upsa - qui a enregistré en 2017 un chiffre d’affaires de 425 millions d’euros, en progression de 8% par rapport à l’année précédente - répondrait à une nouvelle logique.

"Ils veulent continuer à développer des produits à forte valeur ajoutée. Nous servons à financer leurs recherches dans d'autres domaines. Nous sommes leur vache à lait", pointe le délégué FO à propos de cette entreprise surtout présente dans l'oncologie, les maladies auto-immunes, cardiovasculaires et fibroses.

"Upsa rapporte beaucoup d'argent à BMS, ils se sont gavés, on a financé leur recherche et développement et maintenant on se retrouve le parent pauvre", constate Patrick Lopez.

Jean Dionis du Séjour se l'explique de la même manière : "Ils ont envie de réinvestir toutes leurs forces en matière de recherche et n'ont plus envie d'être dans une gamme que l'on peut acheter en pharmacie sans ordonnance".

La seule raison pour que la vente ne se fasse pas, "c'est que le chèque ne soit pas assez gros", estime le délégué FO.

Vos commentaires