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Quand le prince Charles fait une incursion piquante dans la mode

Quand le prince Charles fait une incursion piquante dans la mode
Le duo de stylistes Vin + Omi, le 13 septembre 2019 à LondresNiklas HALLE'N

Le prince Charles a fait une incursion inattendue dans la mode en donnant les orties de son jardin au duo de stylistes Vin + Omi, qui en ont fait robes et manteaux, des créations écolos qui seront présentées lors d'un défilé mardi soir.

Les deux stylistes, pionniers de la mode durable, ont rencontré l'an dernier le prince de Galles, qui est depuis longtemps féru d'écologie.

"Nous discutions des différentes plantes sur lesquelles nous faisions des recherches, comme les orties, le raifort ou le cerfeuil sauvage et il nous a dit: +J'ai plein d'orties à Highgrove House (ndlr: la résidence de campagne du prince Charles), pourquoi ne pas venir les prendre?", a raconté à l'AFP Vin, la moitié britannique du duo.

C'est ainsi qu'a débuté une collaboration improbable entre un membre de la famille royale et des stylistes qui se décrivent comme "très punks" et se cachent derrière de grandes lunettes de soleil. "C'est une union très bizarre", avoue Vin.

Mais le prince Charles est "époustouflant" assure Omi, styliste originaire de Singapour. "On ne penserait pas qu'un futur roi d'Angleterre s'intéresserait à ces questions" mais en réalité, "les discussions sur l'environnement le captivent".

Le résultat de ce partenariat insolite sera présenté mardi soir au prestigieux Savoy Hotel, au coeur de Londres, en marge de la Fashion Week.

- Manteau d'ortie -

Parmi les pièces, un élégant manteau beige ressemblant à de la laine mais créé avec plusieurs milliers de plants d'orties -- dans lequel on imaginerait bien Camilla, la seconde épouse de Charles.

Les plants ont été collectés par une équipe d'étudiants de l'université Oxford Brookes puis débarrassés de leurs feuilles.

Les deux stylistes ont développé une technique pour récupérer les fibres de chaque tige d'ortie puis les transformer en fibre duveteuse, blanchie avec des produits naturels qui ne nuisent pas à l'environnement.

Plantes urticantes, souvent vues comme de mauvaises herbes, "les orties sont utilisées depuis les anciens temps pour faire des vêtements, par ceux qui n'avaient pas de terres", observe Vin.

Travailler ces plantes est "laborieux mais c'est faisable", selon lui.

Avec le jardinier en chef de Highgrove House, située dans le Gloucestershire (sud-ouest de l'Angleterre), le duo s'intéresse aussi à la façon dont d'autres éléments du parc voués à être jetés -- comme des sacs à végétaux ou des pots de fleurs -- pourraient être utilisés de manière créative.

Du bois venant de la propriété du prince Charles a déjà été récupéré pour concevoir des bijoux que porteront mardi les mannequins.

- Du cuir de champignon -

Parmi les autres créations présentées mardi soir par Vin + Omi, des vêtements créés à partir de plastique collecté dans les fleuves et océans et réutilisé.

Le Victoria and Albert (V&A) Museum, grand musée d'art et de design à Londres, compte acquérir certains de ces habits pour enrichir sa collection permanente consacrée à la mode durable.

Au moment où l'urgence climatique fait la Une des médias, les créations de Vin + Omi semblent s'inscrire dans l'air du temps. Mais "Il y a 20 ans, quand on a été diplômés, on nous prenait pour des hippies, on prédisait que la mode durable ne serait jamais un grand sujet de préoccupation", se rappelle Omi, 43 ans.

Le mouvement écologiste Extinction Rebellion, qui a organisé des manifestations aux abords de la Fashion Week est "génial", estime Omi.

"Ils font ce qu'il faut faire en mettant la pression sur les institutions", ajoute-t-il, estimant que l'industrie de la mode ne fait pas grand chose, excepté du "green washing", des mesures superficielles pour se donner une bonne conscience en matière de protection de l'environnement.

"Nous, on se rebelle en allant à l'intérieur du système et en montrant ce qu'on peut faire", plaide-t-il.

Le duo travaille sur une quarantaine de projets, du Royaume-Uni à la Chine en passant par les Etats-Unis où ils transforment le plastique collecté dans le fleuve Hudson à New York en T-shirts distribués localement.

Ils explorent l'usage d'autres matières naturelles comme la fabrication de cuir à partir de marrons ou de champignons.

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