Radio France: Sibyle Veil, une femme de l'ombre en pleine lumière

Radio France: Sibyle Veil, une femme de l'ombre en pleine lumière
Sybile Veil, nouvelle présidente de Radio France le 11 avril 2018 devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA)BERTRAND GUAY

La nouvelle patronne de Radio France Sibyle Veil, 40 ans, est une énarque davantage habituée aux dossiers techniques qu'au devant de la scène, appréciée pour son "sens du dialogue" dans le groupe où elle pilote depuis 2015 la direction des opérations et des finances.

Elle est la première femme à occuper ce poste depuis Michèle Cotta en 1981. Elle est aussi l'une des plus jeunes, après son prédécesseur Mathieu Gallet, dont le mandat a été révoqué en janvier par le CSA.

Née le 26 septembre 1977 à Langres (Haute-Marne), Sibyle Veil est issue de la même promotion qu'Emmanuel Macron à l'Ena, la fameuse promotion Senghor (2002-2004) dont de nombreux membres sont aujourd'hui aux manettes de l'Etat.

Diplômée de Sciences Po, titulaire d'un DEA de politique européenne, Sibyle Veil a commencé sa carrière comme auditrice au Conseil d'Etat avant de rejoindre l’Élysée en 2007, sous Nicolas Sarkozy, comme conseillère technique chargée notamment du travail, du logement et des relations sociales puis de la santé à partir de 2010.

Elle quitte la sphère politique en 2010 pour la direction du pilotage de la transformation à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), créée par la nouvelle directrice générale, Mireille Faugère.

"Elle a à la fois une vision stratégique et la capacité à la mettre en œuvre", dit à l'AFP Mireille Faugère, décrivant une "bonne manageuse", "très efficace".

"Elle a fait des choix professionnels courageux : quitter l’Élysée pour l'Assistance publique, une grande maison pas facile où elle s'est très bien intégrée. Elle a ensuite cherché à se confronter de nouveau à un opérateur de l'Etat, mais dans un milieu très différent, Radio France. Elle a fait le choix de mettre les mains dans le cambouis", ajoute-t-elle.

- "Souci d'exigence" -

Voix claire et phrasé distingué, l'intéressée confirme : "s'il y a quelque chose à retenir de mon parcours professionnel ou même de mes études, c'est le fait que j'ai toujours voulu me confronter à des difficultés. C'est un souci d'exigence et aussi une éthique personnelle", a-t-elle confié lors de son audition au CSA.

A Radio France, Mathieu Gallet fait appel à elle en juin 2015, après la longue grève du groupe. Elle y remplace la directrice générale Catherine Sueur, mais dans un périmètre plus restreint : elle devient directrice déléguée, en charge des opérations et des finances.

Concrètement, elle pilote avec les syndicats le plan d'économies demandé par l'Etat et négocie à Bercy le contrat d'objectifs et de moyens jusqu'en 2019. Elle peut se targuer d'un bon bilan financier, le groupe devant renouer avec l'équilibre cette année.

Soutenue en interne par la plupart des cadres, elle est vue comme la candidate de la continuité après Mathieu Gallet, dont le bilan est positif, notamment côté audiences.

"C'est une forme de continuité pour Radio France" a estimé un ancien dirigeant de la Maison Ronde interrogé par l'AFP, soulignant que c'était "une grande professionnelle, terriblement travailleuse, très calme et déterminée", avec "une fibre sociale très importante".

"Alors que Mathieu Gallet était très cassant, capable de se mettre plus qu'à dos ses interlocuteurs, elle est à l'écoute, tranquille, et prend des décisions motivées. Cela permet la discussion", a ajouté Olivier Martocq, secrétaire général de FO Radio France.

Une source interne, ne souhaitant pas être citée, a toutefois déploré la "grande souffrance" des salariés liée au chantier que pilote Sibyle Veil. Une autre source l'a jugée "austère et distante".

"Elle fait partie de ceux qui arrivent à équilibrer responsabilités professionnelles et familiales", a assuré pour sa part Mireille Faugère.

Amatrice de musique classique et mère de trois enfants, Sibyle Veil s'est mariée en 2006 à Sébastien Veil, petit-fils de Simone Veil rencontré sur les bancs de l'Ena, qui travaille pour le fonds d'investissement américain Advent International.

Vos commentaires