Raiders ou sauveurs, les activistes bousculent les entreprises

Raiders ou sauveurs, les activistes bousculent les entreprises
Les fonds activistes cherchent des entreprises qui ont des problèmes afin de leur proposer des remèdes et de doper ainsi le cours de BourseERIC PIERMONT
Italie

Les activistes, investisseurs remuants en quête de juteux dividendes, bousculent le décorum des états-majors d'entreprises et n'hésitent pas à cibler des champions nationaux dont les patrons redoutent leur irruption.

"Je ne connais pas un PDG à qui ça fait plaisir quand un activiste entre au capital de son entreprise", confie à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un grand patron français, dont l'entreprise a été la cible d'une campagne d'activiste.

Si, au final, un compromis a été trouvé, la société a été "déstabilisée" par ce bras de fer qui a mobilisé la direction pendant de longs mois.

Cet épisode s'assimile à la bataille que se livrent le groupe français Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia, et le fonds activiste américain Elliott Management, nouveau venu au capital, pour l'avenir de l'opérateur télécom italien.

Ce vendredi, il va revenir aux autres actionnaires de trancher au cours d'une assemblée générale sous haute tension.

- Intimidation -

Fondé en 1977 par le milliardaire américain Paul Singer, Elliott est, selon la banque Lazard, le fonds le plus remuant avec des campagnes d'activistes dans une douzaine de pays.

Doté d'une puissance de frappe sous la forme de 34 milliards de dollars d'actifs sous gestion, il s'en est pris à des entreprises emblématiques, telle Samsung, et a eu la tête de PDG, comme Klaus Kleinfeld d'Alcoa.

Ses méthodes sont controversées -- Elliott a recours à de l'intimidation et des détectives privés pour fouiller dans le passé de ses "ennemis" selon le magazine Fortune -- et ses combats avec des présidents et chefs de gouvernements de pays endettés, telle Cristina Kirchner, l'ex-présidente de l'Argentine, demeurent légendaires.

Contacté par l'AFP, Elliott n'a pas donné suite.

Ce fonds, qui s'est distingué dans le rachat des dettes de pays en crise, fait partie, avec Starboard Value, Third Point, Icahn Associates, Pershing Square, Trian, Corvex, Sherborne, Cevian Capital, Jana Partners, Vintage Capital, Jericho Capital, Vulcan Value, SailingStone, CIMA, etc..., de la quinzaine de fonds américains et européens, créés souvent par des milliardaires, qui prennent des participations dans les entreprises jugées mal gérées.

Raiders ou corsaires sans scrupules pour certains, empêcheurs-de-tourner-en-rond pour d'autres, ces "trublions", qui maîtrisent les arcanes médiatiques, ont engagé 78 campagnes au premier trimestre, un record, a recensé Lazard.

"Ils cherchent des entreprises qui ont des problèmes et estiment que les remèdes qu'ils proposent peuvent doper le cours de Bourse, ce qui serait non seulement bon pour eux mais également pour l'ensemble des actionnaires", résume Josh Black, du cabinet spécialisé Activist Insight.

Ils sont "capables de remettre sur pied les entreprises sous-évaluées et de les amener à se restructurer et à repartir de l'avant", estime Valentin Autret, avocat au cabinet Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom à Paris.

"Il y a des fonds activistes qui entrent au capital des sociétés et qui sortent peu après que le cours (boursier) a augmenté", relativise son collègue François Barrière.

- Vulnérabilités -

Des Etats-Unis (General Electric) à l'Australie (BHP Billiton) en passant par le Royaume-Uni (Rolls-Royce, Barclays), la Suisse (Nestlé), les Pays-Bas (AkzoNobel) et la France (SFR, Safran/Zodiac...), aucune entreprise n'est immunisée.

Leurs approches et leurs objectifs divergent et varient en fonction de la cible mais leurs méthodes sont impitoyables car ils veulent des retours sur investissements rapides et exigent par conséquent des économies, des cessions d'actifs etc... mais ne veulent pas prendre le contrôle.

Ils engagent si besoin des "bagarres" très médiatisées avec les patrons et promettent des guerres de résolutions lors de l'AG pour couper des têtes.

Pour éviter d'en arriver là, certaines entreprises cèdent: Nestlé a promis 21 milliards de dollars à ses actionnaires en 2017 et envisage de vendre sa participation historique dans L'Oréal, des initiatives qui correspondent aux demandes du milliardaire américain Dan Loeb (Third Point), nouvel actionnaire.

En France, Safran et Zodiac Aerospace ont changé leurs plans initiaux de fusion sous la pression du fonds TCI.

L'issue n'est pas toujours heureuse pour les activistes, comme l'a appris à ses dépens le milliardaire Bill Ackman (Pershing Square), dont la croisade contre le spécialiste des compléments alimentaires Herbalife s'est révélée un gouffre financier.

Les entreprises ne doivent pas rester les bras croisés car les activistes parviennent désormais à convaincre les pouvoirs publics de se ranger de leur côté, comme chez Telecom Italia, où le gouvernement italien soutient les demandes d'Elliott.

Rich Thomas, responsable Europe chez la banque Lazard de l'unité spécialisée dans le conseil aux actionnaires, leur conseille d'identifier leurs vulnérabilités, de communiquer sur leur stratégie et de renforcer leurs relations avec leurs actionnaires.

"Il faut qu'elles expliquent pourquoi elles font ça et pas cela", argumente le banquier.

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