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Rugby: Fédérale 1, deux vitesses et un problème

Rugby: Fédérale 1, deux vitesses et un problème
Budgets déséquilibrés, scores fleuves, risques éventuels pour la santé des joueurs: la mort de la "poule Elite" a entraîné le retour d'une Fédérale 1 (3e div.) à deux vitesses THIERRY ZOCCOLAN

Budgets déséquilibrés, scores fleuves, risques éventuels pour la santé des joueurs: la mort de la "poule Elite" a entraîné le retour d'une Fédérale 1 (3e div.) à deux vitesses cette saison, entre des clubs équipés comme des professionnels et des amateurs.

"C'est pour parler des équipes qui viennent nous mettre 40 points?" La secrétaire du club de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde) a parfaitement cerné l'une des problématiques de cette Fédérale 1 nouvelle formule (ou retour à l'ancienne), qui voit s'affronter 48 clubs répartis en quatre poules.

Une obligation pour la Fédération française de rugby (FFR) après l'échec de la poule Elite, qui regroupait l'an passé onze équipes supposément armées économiquement pour la Pro D2, les seules à pouvoir prétendre à l'accession.

Sauf qu'après examen approfondi, seulement cinq avaient été autorisées à briguer la montée, les autres ne disposant pas de structures et finances suffisamment solides pour faire "la maille" à l'étage supérieur.

"On ne peut pas faire une compétition à cinq. La poule Elite a eu un effet pervers en poussant les ambitions de clubs qui n'en avaient pas les moyens, et qui les a mis en difficulté financière", explique à l'AFP Thierry Murie, vice-président de la FFR en charge du rugby amateur.

- 'L'antichambre de la mort' -

Ce n'est pas nouveau: depuis la création de cette sorte de "Pro D3" en 2015-2016, les dépôts de bilan (Auch, Saint-Nazaire) ou relégation administratives (Tarbes, Limoges, Strasbourg) se sont succédé.

"La poule Elite est l'antichambre de la mort. Car vous avez augmenté votre budget et renforcé votre équipe, mais vous avez des partenaires moindres et toujours pas de droits télé. Il ne faut pas y rester trop longtemps", souligne Jean-Louis Louvel, le président de Rouen.

Le club normand, battu en finale d'accession l'an passé, est devenu un poids lourd du plateau: 34 des 35 joueurs disposent de contrats pros et s'entraînent au quotidien sous la houlette d'un encadrement nourri.

Rouen dispose ainsi du plus gros budget de la division avec 4,8 millions d'euros, soit davantage que Massy et Carcassonne, à l'étage supérieur en Pro D2, et... seize fois plus que le plus petit, le club basque de Nafarroa (300.000 euros). Un différentiel bien plus important qu'en Top 14 ou en Pro D2, ou les rapports vont de un à trois.

Son budget est aussi six fois celui de Saint-Médard-en-Jalles (800.000 euros) qu'il est venu étriller (54-5) le 16 septembre avec, notamment, ses anciens professionnels et internationaux des îles du Pacifique (Leleimalefaga, Ratuvou, Domolaïlaï, Lemi). Quand le club girondin ne compte que "trois, quatre contrats pros à temps partiel" alors que ses joueurs s'entraînent "trois fois par semaine", selon son président Jacques Marquehosse.

- 'C'est dangereux' -

"On ne boxe pas dans la même catégorie. Et cette différence de budget pose des problèmes physiques: le rugby est désormais un sport +rentre-dedans+. Il est évidement que quand quelqu'un de 80 kg rencontre quelqu'un de 120 mieux préparé...", ajoute le président girondin.

Ces différences ont "toujours existé à toute époque, dans toutes les divisions. C'est aussi le cas en Fédérale 2, 3 ou en Honneur, car d'anciens pros y retournent" rétorque Thierry Murie. "Et si on n'est pas prêt physiquement, on ne s'engage pas dans une compétition", poursuit-il, estimant que "le budget ne fait pas tout" et préférant "attendre la fin de la saison pour faire le bilan".

Les gros bras non plus n'y trouvent pas leur compte: "Je regrette évidemment la poule Elite. Au moins, chaque semaine on avait un match difficile. Là, ça ne nous prépare pas (à la Pro D2) et c'est dangereux pour les autres (les petits clubs). Qui savent en plus avant de se déplacer qu'ils vont perdre largement", déplore Richard Hill, ancien international anglais qui entraîne Rouen depuis 2013.

"Sportivement, je trouvais que la poule Elite était la formule idéale en vue d'accéder à la Pro D2. Les clubs ont besoin de matches serrés pour franchir cette haute marche", abonde son président. Elle pourrait revoir le jour dans trois ans. Le temps nécessaire pour davantage de clubs de se structurer économiquement et sportivement?

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