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Rupture d'un barrage au Brésil: impact incertain sur l'environnement

Une semaine après la rupture du barrage de Brumadinho au Brésil, si le coût humain est évident, avec 110 morts et 238 disparus selon un dernier bilan, l'impact sur l'environnement reste encore très difficile à évaluer.

La crainte majeure des autorités est que la boue chargée de résidus de minerai de fer libérée par l'effondrement de ce barrage, dans l'Etat du Minas Gerais (est du pays), n'atteigne le fleuve Sao Francisco, le deuxième plus long du Brésil, qui arrose de nombreuses localités et est très poissonneux.

L'Agence nationale des Eaux (ANA) estime que les résidus miniers doivent atteindre entre le 5 et le 10 février la centrale hydro-électrique de Retiro Baixo, à 300 km de la mine dont le barrage a cédé. Si le barrage de la centrale ne peut pas retenir la boue, celle-ci progressera jusqu'au fleuve Sao Francisco, 30 km plus loin.

dinLes prélèvements quotidiens effectués par l'ANA dans la rivière Paraopeba, un affluent du Sao Francisco souillé sur 200 km, révèlent un niveau alarmant de métaux dans l'eau.

Des riverains ont indiqué à l'AFP en plusieurs endroits que les poissons, aliment de base des villageois, flottaient morts sur le dos.

"La plupart d'entre nous sommes des ruraux qui vivons près de la rivière, alors on se servait de la rivière Paraopeba pour se nourrir", explique Leda de Oliveira, 31 ans, à l'AFP. "La rivière nous donnait aussi de l'eau pour arroser nos plantes, et maintenant on ne peut plus. Alors beaucoup de gens sont affectés".

- "Beaucoup d'inconnues" -

D'après les derniers tests de l'ANA, le fer, le magnésium et l'aluminum ont atteint des taux inquiétants.

Les niveaux de traces de plomb et de mercure, qui s'étaient initialement élevés, sont redevenus normaux, tandis que l'arsenic, souvent trouvé dans les résidus de minerai de fer, ne pose pas de problème, selon les mêmes tests. Mais ces mesures ne concernent que l'eau, et non les sédiments ni la chaîne alimentaire.

Il se pourrait que l'impact sur l'environnement de la rupture du barrage de Vale, qui a libéré 12,7 millions de m3 de boue, ne puisse être réellement apprécié avant des années.

"Il y a beaucoup d'inconnues à ce stade", dit à l'AFP David Petley, spécialiste des glissements de terrain à l'Université de Sheffield, au Royaume-Uni. "Quel est le degré de toxicité de la boue? De mobilité des toxines? La boue va-t-elle se déplacer?"

"C'est seulement quand on saura tout cela qu'on pourra juger de la gravité" de l'impact environnemental, dit-il.

Pour l'heure, il faut agir immédiatement pour contenir la pollution, "ce qui coûte très cher, si c'est bien fait". "Il y a beaucoup de déchets dans la rivière", ajoute le spécialiste, qui voit "un risque que cela se propage en aval s'il y a des inondations, ou si les toxines se déplacent".

- Pire catastrophe environnementale -

Les conséquences pour l'environnement de la rupture en novembre 2015 d'un autre barrage proche, celui de Mariana, à 120 km, ne sont toujours pas clairement établies.

Après l'accident sur ce barrage dont Vale était copropriétaire, 19 personnes sont mortes, bien moins qu'à Brumadinho, mais la pollution s'est étendue sur 650 km de rivière et sur deux Etats, jusqu'à l'océan Atlantique.

Mariana reste à ce jour la pire catastrophe environnementale au Brésil. Le barrage avait laissé s'échapper 60 millions de m3 de boue de déchets, près de cinq fois plus que celui de Brumadinho. L'écosysteme n'a pas survécu.

Ce genre de barrages est le moyen le moins cher de retenir les déchets de l'extraction minière. Mais le plus dangereux aussi.

Le Pr Petley espère que les méthodes pour contenir la pollution se sont améliorées. Mais ces deux catastrophes sont pour lui des "échecs scandaleux".

Des graffitis accusateurs "Vale, meurtrier" sont apparus sur des murs dans la bourgade sinistrée de Brumadinho et, dessinés avec de la boue, sur le siège du troisième groupe minier mondial, à Rio de Janeiro.

L'Etat a saisi trois milliards de dollars d'actifs de Vale pour les indemnisations à venir et le groupe va démanteler dix barrages dans le Minas Gerais.

Mais le premier producteur de minerai de fer au monde devrait survivre: en 2017 il a engrangé 5,5 milliards de dollars de bénéfices nets, sur un chiffre d'affaires de 34 milliards de dollars.

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