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Saint-Tropez en hélicoptère: une manne, une plaie et un casse-tête pour les gendarmes

Saint-Tropez en hélicoptère: une manne, une plaie et un casse-tête pour les gendarmes
Un hélicoptère transporte des touristes au dessus du port de Saint-Tropez en France, le 30 juin 2006Eric ESTRADE

La plage, la fête, les yachts et les VIP... La carte postale d'un été à Saint-Tropez ne serait pas complète sans le bourdonnement des hélicoptères acheminant une clientèle qui veut éviter la route bien trop encombrée: une plaie pour les riverains, un casse-tête pour les pouvoirs publics.

La présence, chaque été depuis 2009, de trois gendarmes traquant à la jumelle les hélicoptères faisant du bruit aux mauvaises heures ou volant trop bas pourrait faire penser à un plaisant remake du film "Le Gendarme de Saint-Tropez" mais le sujet reste en fait "extrêmement sensible", souffle à l'AFP Jean-Pierre Tuveri, le maire de la célèbre station balnéaire.

"On est entre la jalousie, l'impuissance politique et des difficultés réglementaires. Nous on ne rêve que d'avoir une hélistation pour se poser sereinement", résume Michel de Rohozinski, dirigeant d'Azur Hélicoptère, qui opère l'été à Saint-Tropez et l'hiver à Courchevel.

Jalonné de campings, d'hôtels et de passages piéton, l'accès en voiture à Saint-Tropez est un calvaire en été -comptez quasiment une heure pour une quinzaine de kilomètres depuis Sainte-Maxime. L'hélicoptère, en revanche, met Saint-Tropez à un quart d'heure de Nice ou de Cannes pour "environ 120 euros par passager, 800-850 euros si on est seul à bord", indique Azur Hélicoptère.

"On a une clientèle qui va là-bas pour déjeuner, pas que des VIP, mais aussi des hommes d'affaire qui rejoignent leur famille le week-end. (...) Ils s'évitent des heures de voiture pour trouver à l'arrivée un voiturier qui les amène à destination", ajoute son dirigeant qui souhaiterait se poser en mer ou au port quand il sera agrandi.

- Des hélisurfaces agréées -

Saint-Tropez avait une hélistation, au Pilon, mais un recours des riverains l'a fait fermer en 1998. La décennie suivante a été celle de l'anarchie, avec des hélisurfaces improvisées par dizaines et, pour finir, des manifestations, obligeant l'Etat à encadrer l'activité par arrêté.

Dans le golfe de Saint-Tropez, outre l'héliport de Cololin-Grimaud, la préfecture agrée des hélisurfaces dites "responsables", limitées à 199 mouvements chacune par saison avec des pauses dans la journée, pour un total de plus de 8.000 mouvements par saison, selon plusieurs sources concordantes.

Sur la table de sa véranda, à Cogolin, Jean-Claude Molho, 86 ans, tapote sur sa tablette: "C'est le juge de paix", dit-il en se connectant au site associatif EANS (European Aircraft Noise Services) qui répertorie tous les survols de son pavillon équipé d'un sonomètre.

"Les quotas ne sont pas respectés, les hauteurs de survol non plus. Cette année le sous-préfet a modifié les trajectoires et les nuisances sont déplacées", ajoute cet ancien ingénieur.

Avec son association Halte Hélico, il milite pour une révision des textes ministériels de 1995 et 2010 et pour une hélistation en mer, projet provisoirement enterré en 2017: "Ca fait 15 ans qu'on attend une solution pérenne. On avait 4.000 membres en 2006, beaucoup moins maintenant, 400... les gens sont tellement écoeurés. Il y a deux millions de visiteurs et l'hélicoptère c'est pour 2% de nantis!".

Cette année, La Croix-Valmer, à une dizaine de kilomètres, est "beaucoup plus impactée" par le bruit, confirment les gendarmes à l'AFP. "Il y a une petite baisse du trafic (dans la presqu'île) mais avec des pics le week-end", ajoute le maréchal des logis-chef Hervé Felez. Plusieurs dizaines de PV ont été délivrés depuis juin.

- "Modèle économique" -

L'amende est de 38 euros, "dérisoire", dit-il, pour des compagnies dont les clients manient les euros comme des centimes: "Heureusement, on a d'autres leviers d'action. Des fois, on règle le problème par téléphone avec les hélicoptéristes. On est aussi en lien avec la sous-préfecture et la direction générale de l'aviation civile qui peuvent faire retirer son habilitation à un pilote récidiviste ou une licence".

"Il ne faut pas grand-chose pour se poser, une surface plate suffisante, un champ taillé, une surface bétonnée. Les gens fortunés se posent dans leur jardin", explique Me Laure Bauducco. L'avocate défend Claudette et Céline Maria qui entendent se pourvoir en cassation après leur condamnation en appel en mai à dédommager leur voisin de 40.000 euros pour trouble anormal du voisinage.

Ce dernier, contacté par l'AFP, préfère l'anonymat. Quand il a acheté dans les vignes, sa voisine laissait des hélicoptères se poser sur son terrain: "C'était occasionnel à l'époque, deux ou trois fois l'été, pas un gros désagrément. C'est devenu comme si on était à proximité d'un aéroport, un véritable enfer", dit-il, affirmant qu'il ne peut plus jouir tranquillement de sa piscine.

"Pour un euro de profit qu'elle encaisse, c'est le même euro de préjudice qu'elle cause aux voisins. Quand on y est, on est dérangé. Quand on n'y est pas, on ne peut pas louer!", ajoute-t-il, promettant de nouvelles assignations. Combien rapporte une hélisurface? "Pas des sommes extravagantes", assure Me Bauducco. "200 euros le posé", s'est laissé dire le voisin importuné. "Du 20.000 euros la saison", affirme un autre.

"Pourquoi on n'interdit pas? Parce que ça fait partie du modèle économique du golfe de Saint-Tropez qui fait fonctionner les palaces, l'artisanat, des métiers de bouches, les taxis, etc.", répond le sous-préfet Eric de Wispelaere qui affirme avoir repris le dialogue de zéro et avoir bon espoir de régler le dossier en créant quatre à cinq hélistations loin des habitations.

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