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Secteur manufacturier américain à la peine: vers une récession auto-infligée ?

Le secteur manufacturier bat de l'aile aux Etats-Unis, plombé par le ralentissement mondial mais surtout par les coups portés par la guerre commerciale de Donald Trump, qui avait pourtant promis de rendre sa grandeur à l'industrie "made in America".

"Le marché ralentit d'une façon bien plus prononcée que la normale pour un 4e trimestre", s'est récemment alarmé un dirigeant de la métallurgie dans une enquête de l'organisation professionnelle ISM.

"La demande se réduit, les portefeuilles de commandes se dégonflent et les stocks s'empilent", constate un autre responsable du secteur des machines-outils.

Emblématiques de la tendance, les tracteurs, engins de chantier et autres tondeuses John Deere --un manufacturier souvent porté aux nues par Donald Trump, grand propriétaire de golfs--, viennent de supprimer 150 emplois dans deux usines, invoquant les tensions commerciales.

Ce ralentissement manufacturier, signalé déjà depuis plusieurs mois par les mauvais chiffres de la production industrielle, a éclaboussé les marchés cette semaine faisant drastiquement chuter la bourse.

L'indice ISM des directeurs d'achats, très suivi par les acteurs financiers, a tiré la sonnette d'alarme en s'affaissant en territoire négatif à son plus bas niveau depuis dix ans.

Une telle déconfiture n'était pas intervenue depuis juillet 2009 lorsque le pays émergeait de la récession après la crise financière.

"Le commerce mondial demeure le problème principal, comme le montre la contraction des nouvelles commandes à l'exportation", diagnostique Timothy Fiore, responsable de l'enquête ISM.

- Contagion -

Même si le secteur manufacturier américain ne représente qu'à peine 10% de la première économie mondiale --championne des services-- sa déprime fait craindre une contagion à l'ensemble de l'économie.

"Ce serait la première fois qu'une récession aux Etats-Unis est provoquée directement par les décisions politiques prises par le président", assène Ian Shepherdson, économiste en chef chez Pantheon Macro Economics.

Les tarifs douaniers que s'infligent mutuellement la Chine et les Etats-Unis depuis un an et demi sur des centaines de milliards de dollars de marchandises renchérissent les coûts de production et compriment les échanges.

A cela s'ajoutent les taxes américaines qui s'imposeront dès le 18 octobre sur les avions européens et les produits de grande consommation comme les vins, les fromages et le textile dans le cadre de la querelle sur les aides d'Airbus.

Ce regain de protectionnisme engendre des incertitudes considérables pour les industriels au niveau des commandes, des investissements ou des décisions stratégiques.

Ainsi l'Organisation mondiale du commerce (OMC) vient de fortement baisser sa prévision de croissance du commerce mondial pour 2019, de 2,6% à 1,2%, en raison notamment de ces tensions sino-américaines.

"Les perspectives sombres pour le commerce sont décourageantes, mais pas inattendues", a déclaré le directeur général de l'OMC, Roberto Azevedo en déplorant que "les conflits commerciaux augmentent l'incertitude".

- Etats industriels clés -

Pour la Maison Blanche, une industrie manufacturière à la peine représente une inquiétante perspective car Donald Trump, en campagne pour sa réélection en novembre 2020, avait promis une renaissance du "made in America" industriel.

Les ouvriers et le secteur manufacturier sont au coeur de sa stratégie électorale notamment dans des Etats-clés susceptibles de déterminer l'élection comme le Michigan, le Wisconsin (nord) ou la Pennsylvanie (est). Or, dans ces trois Etats, les emplois manufacturiers ont fondu depuis le début de l'année.

Dans les comtés qui ont élu Donald Trump en 2016, le secteur manufacturier compte pour presque 12% des emplois contre 6,7% pour les comtés qui avaient voté Hillary Clinton.

Pour le président américain qui excelle à désigner des boucs émissaires, ce ne sont pas les inquiétudes autour de sa politique commerciale qui sont fautives, mais la Fed.

Dès la parution de l'indice ISM en début de semaine signalant pour le deuxième mois d'affilée un ralentissement de l'industrie, le président a vivement réagi, montrant combien il est politiquement sensible à la santé du secteur.

Sur Twitter, M. Trump a immédiatement accusé la Banque centrale de faire monter le dollar en ne réduisant pas assez les taux d'intérêt ce qui handicape les exportations et donc l'industrie américaine.

Les taux d'intérêt de la Fed ont été abaissés récemment par deux fois pour tomber sous 2% mais le milliardaire, rompant avec la tradition de respect d'indépendance de la Fed, réclame haut et fort des taux à zéro. Un objectif improbable dans l'immédiat alors que l'économie croît encore de 2%, portée par le consommateur et ses emprunts.

Mais la Fédération nationale des détaillants a averti vendredi: "l'incertitude considérable entourant des questions comme le commerce, les taux d'intérêts, les facteurs de risque mondiaux et la rhétorique politique a clairement entraîné un ralentissement".

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