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Sotheby's à l'ère Drahi: objectifs ambitieux et accélération technologique

Sotheby's à l'ère Drahi: objectifs ambitieux et accélération technologique
Le siège de Sotheby's, à New YorkDrew Angerer

Les grandes ventes d'automne de Sotheby's à New York cette semaine sont les premières avec comme actionnaire majoritaire Patrick Drahi, qui affiche des objectifs de vente très ambitieux grâce notamment à un virage technologique.

Passionné d'art et collectionneur depuis une quinzaine d'années, le fondateur de l'empire des médias et télécoms Altice, qui possède l'opérateur SFR, a officiellement pris le contrôle de Sotheby's le mois dernier, moyennant 3,7 milliards de dollars.

Premier signal, il a nommé fin octobre un nouveau directeur général, l'Américain Charles Stewart, venu d'Altice USA dont il était co-président, pour succéder à Tad Smith, qui conseillera néanmoins son successeur et a acquis des parts du groupe.

L'histoire entrepreneuriale du quinquagénaire franco-israélien, qui a bouleversé l'industrie des télécoms en France, témoigne d'un goût pour le changement et la réduction des coûts, moyennant souvent des suppressions d'emplois.

Mais dans son entourage, on assure qu'il ne faudra pas s'attendre à de profonds bouleversements à court terme, et que les choses vont se faire progressivement.

L'objectif n'en est pas moins très ambitieux: doubler le chiffre d'affaires en cinq ans, sans compter d'éventuelles acquisitions, qui ne sont pas à l'ordre du jour pour l'instant.

C'est un pari, pour une entreprise dont les revenus n'ont progressé que de 24% ces sept dernières années.

Contactés par l'AFP, ni Sotheby's ni un porte-parole de Patrick Drahi n'ont souhaité commenter.

Largement rentable, dynamique, Sotheby's s'est néanmoins installée depuis plusieurs années, malgré elle, dans un rôle de dauphin de Christie's - contrôlée par un autre Français, François Pinault - après avoir longtemps été la maison de référence mondiale.

Un avantage confirmé par plusieurs "coups" de Christie's ces dernières années, des 450 millions de dollars du "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci en novembre 2017 à la collection Rockefeller (835 millions de dollars) l'année suivante.

Sans surprise, venant d'un magnat des télécoms qui a accompagné l'émergence d'internet, le premier virage sera technologique.

Sous la direction de Tad Smith, Sotheby's avait déjà commencé sa mue, notamment en rachetant, en 2016, Orion Analytical, spécialisé dans la détection des faux, puis, en 2018, Thread Genius.

Cette dernière, spécialisée dans l'identification des oeuvres, s'appuie sur l'intelligence artificielle et permet de recommander des oeuvres à des collectionneurs en fonction de leurs goûts.

Il s'agit maintenant d'aller plus loin, explique-t-on dans l'entourage de Patrick Drahi, de mieux connaître les clients, leurs attentes, et d'améliorer la gestion des données.

- Diversification -

L'amateur de Chagall prend la tête de Sotheby's alors que le secteur des enchères se pose la question existentielle de l'équilibre entre ventes physiques et ventes en ligne.

"A l'exception des ventes de soirée, qui restent une occasion de mondanités et de croiser amis et collègues, les salles de vente sont toutes quasiment vides, les offres arrivant par téléphone ou en ligne", explique Joan Robledo-Palop, fondateur de la galerie new-yorkaise Zeit Contemporary art.

De plus en plus de ventes sont organisées uniquement sur internet, mais elles concernent encore presque toujours des pièces de moindre importance.

Avec le levier du numérique, l'équipe Drahi veut encore améliorer l'accessibilité aux oeuvres et leur visibilité, en particulier pour les collectionneurs qui se rendent peu dans les salles de vente.

Autre axe de croissance, le développement des services associés aux ventes. Sotheby's en propose déjà plusieurs, notamment la livraison des oeuvres ou l'offre de financement, mais il est question d'accélérer.

Le nouvel actionnaire majoritaire songe également à créer des services spécifiquement dédiés aux clients très fortunés.

Drahi contre Pinault, deux Français face à face, l'affiche est belle, mais dans l'entourage de Patrick Drahi, on assure que la relation de l'homme d'affaires avec François Pinault, qui contrôle Christie's via Artémis, est teintée de respect et d'admiration.

En 2015, année qui avait vu la bataille entre SFR et Bouygues atteindre son paroxysme, François Pinault avait organisé un dîner avec Martin Bouygues et Patrick Drahi pour tenter d'apaiser les tensions.

Le nouveau venu du monde de l'art voit le géant du luxe comme un modèle dans ce domaine, ce qui ne l'empêchera pas d'essayer de dépasser le maître.

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