Soucieux d'aller vite, l'exécutif multiplie les réformes explosives

SNCF, fonctionnaires et bientôt les retraites ou encore la modernisation de l'action publique: l'exécutif enclenche une série de réformes sensibles en ce début d'année, bien décidé à convaincre que "la transformation" macronienne ne va pas ralentir.

Emmanuel Macron a donné le ton en ce début d'année devant les "forces vives de la Nation": il faut "ne rien relâcher de l'effort et de la nécessaire transformation" et ne pas se payer "le luxe d'un retour à la normale".

Un mot d'ordre confirmé par Edouard Philippe vendredi à l'Ecole militaire: "L'inertie, l'immobilisme, la tranchée, sont les menaces que nous devons éviter. Nous devons rester en mouvement".

Malgré une rechute dans les sondages, l'exécutif rallonge chaque semaine le train de ses réformes en cours, profitant d'une embellie économique, d'une opposition qui peine à peser durablement et de syndicats mobilisés mais désunis sur beaucoup de dossiers.

Quitte à agiter des chiffons rouges, comme "les plans de départs volontaires" dans la fonction publique annoncés par Gérald Darmanin, qui ont surpris même certains conseillers de Bercy. Ou à lancer une réforme de la SNCF dont les volets les plus sensibles n'ont été précisés par Emmanuel Macron qu'après son élection.

En réaction, sept syndicats de fonctionnaires sur neuf ont appelé à faire grève le 22 mars, jour où la CGT-cheminots mobilisera également contre les projets de réforme de la SNCF.

"Il faut qu'on ait fait 90% des réformes avant la fin 2018, souligne un député LREM en vue. Tant qu'on a encore de la légitimité politique. Et tant que les taux d'intérêt restent bas. On a le vent dans les voiles avec la croissance".

"Le printemps sera très chargé car beaucoup de dossiers vont déboucher: l'assurance chômage, la formation professionnelle et l'apprentissage, l'organisation de l'islam de France, le Grand Paris, avec probablement la disparition des trois départements de la petite couronne, la révision constitutionnelle...", reconnaît-on à l'Elysée.

Selon Les Echos, le chef de l'Etat pourrait également donner la feuille de route de la réforme des retraites d'ici fin mars.

En appliquant l'essentiel de son programme électoral dans les deux premières années de son mandat, le président Macron "dit +Je transforme+ et je vous donne rendez-vous à la fin de l’année 2018", plaide son entourage.

- Les sondages, "on s'en tape!' -

Un risque identifié est toutefois de créer un décalage entre les réformes tous azimuts et les résultats visibles, comme sur le pouvoir d'achat.

"On lance plein de trucs mais parfois on a l'impression qu'on subit ce rythme", reconnaît un député En Marche, citant par exemple "l'erreur" d'avoir "tout misé" sur la baisse des charges sociales de janvier, alors que l'effet principal ne se verra sur les feuilles de paie qu'en octobre.

Quant aux sondages de popularité, qui rechutent, "on s'en tape!", jure un ténor de la majorité. Edouard Philippe, conscient d'avoir pris une mesure impopulaire avec la limitation en juillet de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, s'est à nouveau dit "prêt" vendredi à assumer "des moments d'impopularité".

"Les choses difficiles, c'est quand même une part de son métier. Mais il ne faut pas qu'il ne soit que celui qui annonce les mauvaises nouvelles, il ne faut pas qu'il ne soit que celui qui annonce les choses difficiles", souligne un ami du chef du gouvernement.

Possible prochaine source de controverse: le comité d'experts "CAP 22". Nommé en octobre par Edouard Philippe pour fournir des idées de réformes de l'Etat, il doit remettre ses propositions fin mars ou début avril, selon le gouvernement.

"Une vingtaine" de "gros sujets de transformation", "qui nécessitent un portage politique fort", ont déjà été identifiés, selon Bercy.

Depuis la semaine dernière et "jusqu'en mai", chaque semaine les ministres devront "présenter en Conseil des ministres leur projet de transformation", issu d'un "dialogue" avec les experts de CAP 22, selon la même source. Sous la présidence d'Emmanuel Macron, le conseil décidera si chaque plan "répond au niveau d'ambition qu'on s'est fixé".

Et après? Le patron de La République En Marche, Christophe Castaner, a été chargé de réfléchir avec le parti à la deuxième moitié du quinquennat.

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