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Soutien à l'économie: Lagarde veut poursuivre à la BCE le cap de Draghi

Soutien à l'économie: Lagarde veut poursuivre à la BCE le cap de Draghi
Christine Lagarde s'exprime lors d'une conférence de presse à Luxembourg, le 13 juin 2019JOHN THYS

La future présidente de la BCE Christine Lagarde a dévoilé jeudi ses intentions en affirmant vouloir maintenir le cap de large soutien à l'économie de la zone euro de l'Italien Mario Draghi, malgré les critiques qu'il suscite.

"Il est clair que la politique monétaire a besoin de rester très accommodante dans un avenir prévisible", a-t-elle dit dans des réponses écrites au Parlement européen publiées jeudi, dans le cadre de la procédure de validation de sa nomination à la tête de la Banque centrale européenne, qui doit devenir effective le 1er novembre.

Mieux même, elle a fait miroiter de nouvelles baisses de taux d'intérêt pour les banques, alors que ceux-ci sont déjà à des niveaux historiquement bas en zone euro en raison de la croissance atone.

"Je ne pense pas que la BCE ait atteint le plancher", a dit l'actuelle directrice générale du Fonds monétaire internationale et ancienne ministre française de l'Economie.

Mme Lagarde s'inscrit donc dans la lignée de la politique poursuivie jusqu'à présent par l'actuel président de la BCE, Mario Draghi, décidé depuis plusieurs années à éviter un glissement vers la déflation et une nouvelle crise de la zone euro, via l'octroi généreux de liquidités sur le marché et des taux très bas.

- Critiques -

Ses propos risquent d'être mal perçus notamment en Allemagne, où plusieurs partis politiques et surtout le secteur bancaire accusent la BCE de ruiner les épargnants du pays ayant placé leurs économies dans des comptes d'épargne.

Certaines banques allemandes ont déjà commencé à taxer leurs clients pour leurs comptes de dépôt. D'autres menacent de le faire, comme cette semaine la fédération des caisses d'épargne.

Nombre d'Allemands jugent que la politique généreuse de la BCE est faite pour des pays du sud de l'Europe en difficulté comme l'Italie, l'Espagne ou la Grèce, mais qu'elle ne correspond pas aux besoins de leur pays.

Pour Oliver Bäte, patron du géant allemand de l'assurance Allianz, la BCE fait fausse route car sa politique "retire la pression sur les gouvernements de la zone euro pour assainir leurs finances", a-t-il déclaré mardi à Francfort devant le club de la presse économique.

Une allusion aux pays du sud de l'Europe qui enregistrent des déficits publics, alors que l'Allemagne continue d'afficher de confortables excédents budgétaires.

Mario Draghi a jusqu'à présent défendu bec et ongle cette politique qui vise officiellement à stimuler l'inflation, trop faible aujourd'hui, et qui par ricochet a soutenu la croissance et l'emploi.

Pour Mme Lagarde, M. Draghi a raison. La BCE est encore loin d'avoir gagné son pari de l'inflation, dont le taux est resté ces dernières années "constamment sous les niveaux conformes à l'objectif" de l'institution, qui est légèrement inférieur à 2%, a-t-elle souligné.

- Divisions -

Et comme lui, elle s'inquiète de la conjoncture souffreteuse en zone euro. "L’expansion économique de la zone euro a ralenti récemment" et "les perspectives de croissance sont en baisse", justifiant la nécessité de mesures de soutien, a-t-elle dit dans ses réponses écrites.

Dans le même temps, il est "clair que des taux bas ont des implications pour le secteur bancaire et la stabilité financière en général", a-t-elle dit. Une manière de tenter de rassurer l'Allemagne et son secteur bancaire.

Le conseil des gouverneurs de vingt-cinq membres de la BCE est lui-même divisé sur le sujet.

Le gouverneur de la Banque des Pays-Bas, Klaas Knot, a déclaré jeudi que l'économie de la zone euro n'était pas assez faible pour justifier une reprise d'achats de dette.

Quant au président de la Bundesbank, Jens Weidmann, candidat malheureux à la présidence de la BCE, il ne voit lui "aucune raison de céder à la panique".

La prochaine réunion de l'institut francfortois, le 12 septembre, sera suivie de très près. Elle pourrait déboucher sur un train de mesures de soutien avec relance du programme de rachats de dette sur le marché, mis en sommeil fin 2018.

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