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Stages de troisième: quand les entreprises s'ouvrent aux élèves sans réseau

Stages de troisième: quand les entreprises s'ouvrent aux élèves sans réseau
Bastion Le Coz, fondateur de l’association "Un stage et après", intervient dans un collège du 18e arrondissement de Paris, le 8 février 2018 (capture d'écran)Agnès Coudurier-Curveur
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Comment trouver un stage de troisième quand les parents n'ont pas le bon carnet d'adresses ? Des associations ouvrent les portes des entreprises à des jeunes sans réseau, une première rencontre avec le monde du travail souvent déterminante pour leur orientation.

Pour signer sa convention de stage à Paris, Louis-Chérif, en classe de troisième à Sevran (Seine-Saint-Denis), a pris seul le RER pour la première fois. A la clé: une semaine chez Spring Lab, une agence de conseil en innovation et transformation numérique, hébergée dans un espace moderne et branché en plein centre de la capitale.

Une aubaine pour cet élève, qui aimerait plus tard être "sportif professionnel", ou bien exercer "un métier en lien avec l'innovation ou l'architecture".

Il a eu cette opportunité grâce à l'association "Viens voir mon taf" qui aide des collégiens sans réseau, issus de l'éducation prioritaire, à dégoter des stages de troisième, obligatoires depuis 2005.

Ces stages conventionnés et non rétribués se déroulent durant l'année hors vacances scolaires, en particulier avant les vacances de Noël et de février. Ils sont censés donner aux élèves de 14-15 ans l'occasion de découvrir le monde économique et professionnel et de se confronter aux réalités du travail.

"Ce stage est imposé à tous les élèves, mais tous sont loin d'être égaux devant le panel de métiers accessibles", affirme Mélanie Taravant, cofondatrice de "Viens voir mon taf".

"Il est peut-être anecdotique pour des enfants très entourés, avec un capital social très fort, mais pour les autres, il est très important car ce sera une première rencontre avec le milieu professionnel, avec une autre autorité que le prof ou le parent", ajoute-t-elle. "Ca va les influencer dans leur choix d'orientation, par exemple entre une seconde pro ou générale. Ca peut changer des parcours de vie."

En "ouvrant son réseau" aux jeunes qui n'en ont pas, l'association entend ainsi remédier à une injustice sociale.

- 'Transmission' -

Pendant sa semaine de stage, Louis-Chérif a enchaîné les déplacements, chez des clients ou des partenaires de Spring Lab, comme Total, M6 ou Orange. Il a assisté à des ateliers de réflexion sur l'innovation en entreprise et s'est essayé à la création d'un site internet. Loin de l'image du stagiaire à qui l'on demande de faire des photocopies.

"Je ne connaissais pas du tout cet univers de l'entreprise, je m'attendais à des bureaux tout carrés, où on reste assis toute la journée, je ne pensais pas que ce serait si dynamique", s'enthousiasme-t-il.

Pour Solène Guillemot, chef de projet chez Spring Lab, l'expérience est également positive: "la démarche nous a beaucoup plu, parce qu’on est vraiment dans une logique de transmission".

"De plus en plus d'entreprises comprennent qu'elles ont intérêt à s'engager en faveur de la diversité", assure Bastien Le Coz. Ce jeune entrepreneur a créé l'association "Un stage et après", qui développe elle aussi, avec de nombreuses entreprises, des programmes d'accueil de stagiaires de quartiers défavorisés.

"En début d'année, les élèves nous disent qu'ils ont trouvé un stage, mais le constat c'est que la moitié d'entre eux a prévu d'aller à l'épicerie du coin, l'autre à la maternelle d'à côté. Seuls quelques métiers sont représentés", affirme-t-il.

En leur trouvant des stages, l'association veut leur faire découvrir ce qui se passe dans "des grosses boîtes, chez des PME ou des artisans, en dehors de leur quartier".

Et pour faire de ces quelques jours une réussite, elle prépare en amont élèves et employeurs. "On vient dans les collèges expliquer aux jeunes ce qu'est une entreprise, ce qu'on y fait, ce qu'est un contrat de travail, pourquoi on apprend les maths quand on est ingénieur...", indique Bastien Le Coz. Parallèlement, l'entreprise "doit être prête à accueillir des élèves, savoir comment parler à un jeune de 15 ans".

Cette préparation est "capitale", selon lui. Car "si on envoie à la hussarde les élèves en entreprise, il ne va rien se passer".

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