Strasbourg, ville pionnière, fait la chasse au tabac dans les parcs

Strasbourg, ville pionnière, fait la chasse au tabac dans les parcs
Panneau dans un parc de Strasbourg le 26 juin 2018SEBASTIEN BOZON
tabac

En interdisant dès dimanche la cigarette dans tous les parcs et les jardins publics, Strasbourg joue les pionnières dans la lutte contre le tabagisme en ville.

A l'unanimité, le conseil municipal de la capitale alsacienne a décidé lundi soir qu'à compter du 1er juillet la consommation de cigarettes serait interdite dans l'ensemble des parcs et jardins publics dans la ville, une première en France.

Élaborée en partenariat avec la Ligue contre le cancer, la mesure "parcs sans tabac", expérimentée depuis fin 2017 dans le parc de la Citadelle, s'appliquera d'abord aux six grands parcs de la ville avant d'être généralisée à tous les espaces verts publics.

"Si on veut une génération de non-fumeurs, il faut que le tabac disparaisse des yeux des enfants", a estimé l’adjoint de la ville à la Santé, le Dr Alexandre Feltz, médecin spécialisé en addictologie.

En 2015, Strasbourg s'était déjà démarqué en bannissant le tabac sur la totalité des aires de jeux pour enfants, avant l'instauration de cette mesure au niveau national.

Sur une aire de jeux dans le centre de Strasbourg, quelques mégots continuent toutefois de joncher le sol. "Il y a des mégots que les enfants ramassent et mettent à la bouche", se plaint Nebiha, une assistante maternelle, jugeant que l'interdiction de fumer dans les parcs "est bien sûr une très bonne chose".

Un avis que ne partagent ni Gilles, buraliste, qui y perçoit "l'entrée dans une dictature déguisée" et compte bien continuer à se balader dans le parc de l'Orangerie en fumant un cigare, ni Arnaud, un artisan de 44 ans, qui y voit "une décision déplacée".

D'après la municipalité, les pays ayant appliqué l’interdiction de fumer dans des parcs ont des taux de fumeurs nettement inférieurs: 19% en Finlande et en Islande, 17% au Royaume-Uni, 15% dans certaines villes américaines comme Boston ou New-York, contre 27% en France.

- "Émulation volontaire" -

Strasbourg table d'abord sur des actions de sensibilisation et d'information pour faire passer son message anti-tabac, avec le recrutement de "médiateurs santé-tabac, qui pendant le mois sans tabac en octobre iront à la rencontre des fumeurs, dans les parcs, espaces verts, pour les interroger, les accompagner", a expliqué l'adjoint, M. Feltz.

Si cela ne suffit pas, les contrevenants risqueront à partir de 2019 une amende de 68 euros, montant qui peut déjà être réclamé pour jet de mégot.

"C'est une excellente initiative, il faudrait le faire dans toutes les villes de France", estime Lucie, médecin et enceinte. "J'ai fumé quand j’étais jeune et j’avais tendance à jeter mon mégot sans même avoir conscience que je polluais", raconte-t-elle à l'AFP.

Au niveau national, aucune législation n'est prévue pour suivre l'exemple de Strasbourg. "Mais j'espère qu'il y aura une émulation volontaire", a déclaré sur France Info la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

"Fumer dans les parcs pose deux problèmes", a souligné la ministre. D'abord "l'exposition des enfants à la vision des gens qui fument", vision qui "favorise l'entrée dans le tabagisme", a détaillé Mme Buzyn.

Le deuxième problème est "la pollution, car les mégots sont une source de pollution invraisemblable", a-t-elle ajouté.

Un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau potable, qui devient impropre à la consommation, argumente la ville de Strasbourg, où en avril des associations avaient ramassé 70.000 mégots en deux heures.

- Collecteur de mégots -

Mais Strasbourg est loin d'être la seule à s'attaquer à cette pollution de la cigarette.

Dans le Haut-Rhin, Mulhouse teste jusqu'à début juillet dans son centre-ville des prototypes de collecteurs de mégots, qui se veulent ludiques et éducatifs avec des jeux de questions-réponses, pour faire prendre conscience aux fumeurs de la difficulté à collecter et traiter les mégots.

A Cannes, la municipalité a interdit jusqu'au 30 septembre le narguilé ou la chicha durant l'été dans les parcs, sur les plages et les axes touristiques comme la Croisette.

En 2017, 26,9% des 18-75 ans fumaient quotidiennement, d'après Santé publique France. Un niveau ayant baissé de 2,5 points en un an, soit un million de fumeurs en moins.

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