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Sur la Côte d’Azur, un palais florentin bâti sans permis au fil des ans

Sur la Côte d’Azur, un palais florentin bâti sans permis au fil des ans
Le "château Diter" à Auribeau-sur-Siagne, le 29 mars 2019 Valery HACHE
architecture

Des bâtiments de style Renaissance somptueusement aménagés, une piscine, deux héliports, une route de 600 mètres de long tracée dans un espace boisé classé...: sur les collines de Grasse, Patrick Diter a bâti, sans autorisation, un invraisemblable château et espère échapper à la démolition réclamée par la justice.

Lundi, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé l’essentiel des condamnations prononcées en première instance à Grasse en 2017: surtout, les magistrats ont ordonné de nouveau "la remise en état des lieux par la démolition de l'ensemble des ouvrages" construits depuis 2005 par Patrick Diter, 61 ans.

Mais cette démolition devra intervenir "dans un délai de 18 mois à compter du jour où la présente décision sera définitive", ont précisé les juges. Traduction pour les parties civiles: l'attente promet d'être encore longue, dans la mesure où le "châtelain" s'est pourvu en cassation, un recours sur lequel la justice se prononcera, selon qu’il est admis ou non par la Cour, que dans un laps de temps de six à 18 mois.

Mais pour Me Virginie Lachaut-Dana, avocate des parties civiles, la décision de la cour d'appel d'Aix-en-Provence est déjà une victoire: "C’est la reconnaissance de la fraude dans l’obtention du permis de construire et la confirmation de la demande de remise en état par la démolition de toutes les constructions réalisées depuis l’acquisition de la propriété en mars 2000. Pour mes clients, c'est le soulagement, ils sont très satisfaits d’avoir été entendus dans leur combat depuis des années".

- Réceptions et tournages -

Cette avocate au barreau de Paris défendait Stephen et Caroline Butt, un couple franco-anglais voisin du "château Diter", et Anne-Marie Sohn, une autre voisine, tous trois à l'origine de l’affaire après une plainte déposée en 2013 "en vue d’obtenir réparation des préjudices subis du fait des constructions sans autorisation et en infraction avec le droit de l'urbanisme".

M. Diter, un marchand de biens, avait fait l’acquisition au début des années 2000 d'une vaste propriété des collines grassoises, revendant la maison de maître au couple Butt et ne gardant pour lui que la maison de gardien, un mas de 200 m2. Il s’était alors lancé sur sa parcelle dans une série de travaux "pharaoniques", comme l’avait souligné l’avocat général lors de l’audience en appel en janvier, pour transformer la modeste bastide en palais florentin estimé aujourd'hui par le fisc à quelque 57 millions d'euros.

Le "château" avait ensuite été utilisé pour des réceptions de prestige ou encore des tournages de télévision, comme celui de la série britannique "Riviera".

Lors des différentes audiences en justice, M. Diter avait reconnu des "erreurs", concédant avoir été "trop loin". Contacté vendredi par l'AFP, l'un de ses avocats s’est refusé à toute réaction.

"Pendant cinq ans, je n'ai pas quitté ma propriété pour en faire, avec le coeur, ce qu'elle est aujourd'hui. Mais quand j'ai expliqué ça au tribunal, ils m'ont pris pour un fou...", déclarait au Parisien-Aujourd'hui en France Patrick Diter en 2017, assurant voir dans la plainte de ses voisins un complot: "C'est une guerre contre moi". De la "jalousie, un peu comme Mozart et Salieri", renchérissait son épouse Monica.

"Ce château, c'est le symbole de la mansuétude ou des complicités qui règnent sur la Côte d'Azur en matière d'urbanisme et de copinage divers et d'affairisme", fustige Paul Euzière, élu communiste de Grasse (la municipalité était partie civile dans le dossier) et qui a suivi de près le dossier.

"Il y a eu 14 ans d'illégalités continues qui ont été sanctionnées en première instance et en appel. Il n'y a pas de raison qu'il y ait deux poids deux mesures, deux types de citoyens en France. Ceux qui sont astreints pour la plus petite modification architecturale à des règlements stricts et des contraintes très fortes et d'autres qui pourraient s'exonérer absolument de tout", fustige l'élu.

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