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Sur les biocarburants, Trump tiraillé entre agriculteurs et raffineurs

Sur les biocarburants, Trump tiraillé entre agriculteurs et raffineurs
Une affichette sur une pompe d'éthanol E85 vantant le caractère propre et renouvelable du biocarburant produit aux Etats-Unis, le 7 août 2012 dans une station-service à Johnston, dans l'IowaJUSTIN SULLIVAN

Les agriculteurs et producteurs d'éthanol du Midwest d'un côté, l'industrie pétrolière et les ouvriers de ses raffineries de l'autre: deux populations au coeur de l'électorat de Donald Trump se déchirent sur le dossier des biocarburants et en appellent à son arbitrage.

Des sénateurs représentant les deux camps ont été conviés mardi à la Maison Blanche pour une énième réunion sur ce sujet sensible.

Au coeur de leur dispute: une loi sur les biocarburants (Renewable Fuel Standard) appliquée depuis 2007 et forçant les raffineries à utiliser de plus en plus en plus d'éthanol fabriqué à partir de maïs, ou à défaut à acheter des crédits baptisés RIN (Renewable identification number).

Mais la consommation de carburant aux Etats-Unis n'a pas augmenté autant que prévu initialement, pour cause notamment de crise financière et de nouvelles normes anti-pollution imposées aux constructeurs automobiles.

Et si les raffineries ont pu assez facilement intégrer environ 10% d'éthanol dans l'essence, elles sont réticentes à augmenter encore plus cette proportion. Les véhicules et stations-service ne sont pas forcément adaptés, font-elles principalement valoir.

Résultat: le prix des RIN a explosé, grimpant de quelques cents le gallon au début du programme à plus de 1 dollar en 2013. Il évolue actuellement aux environs de 30 cents.

- Promesse électorale -

"Le prix des RIN a été pendant longtemps suffisamment bas pour que les raffineries ne s'en préoccupent pas vraiment, mais les enjeux financiers sont désormais plus importants", remarque Christopher Knittel, professeur d'économie au Massachusetts Institute of Technology.

Toutefois, ajoute-t-il, "il a été démontré que la hausse du prix des RIN est répercutée sur les prix de gros des carburants, au détriment des consommateurs".

Il n'empêche, lorsqu'une grande raffinerie de la côte est des Etats-Unis, PES, a déposé le bilan en début d'année, elle a blâmé le coût de ces crédits.

L'industrie pétrolière, qui milite depuis plusieurs années pour une modification des obligations imposées aux raffineries, "a senti une nouvelle opportunité avec la nouvelle administration", estime M. Knittel.

Le sénateur Ted Cruz, de l'Etat pétrolier du Texas, milite notamment pour imposer un plafond aux prix des RIN.

"Il est complètement insensé de conduire des entreprises américaines à la faillite, de licencier des ouvriers et des ouvrières, à cause d'une réglementation déficiente", déclarait-il fin avril à l'occasion d'un point presse. "Je pense que le président Trump va choisir la bonne solution".

Mais le président républicain a aussi promis lors de sa campagne de protéger le programme de soutien aux biocarburants. Ce projet est cher aux électeurs de l'Iowa, un Etat-clé dans toute élection présidentielle, et un de ses deux sénateurs, Chuck Grassley, participera à la réunion de mardi.

Déjà secoués par une forte baisse de leurs revenus, au plus bas depuis 2006, et les menaces chinoises de riposter aux sanctions commerciales américaines en surtaxant les importations de soja, les agriculteurs s'opposent à toute tentative de réforme.

Leurs représentants sont particulièrement remontés contre l'agence de protection de l'environnement (EPA) qui, sous la houlette de son directeur Scott Pruitt, a selon eux, accordé trop facilement des exemptions déchargeant de leurs obligations les raffineries produisant moins de 75.000 barils par jour et démontrant qu'elles sont affectées financièrement "de façon disproportionnée" par ce programme.

Cinq sénateurs républicains ont ainsi dénoncé publiquement en avril les "exemptions secrètes accordées par l'EPA aux plus grandes entreprises de raffinage du pays", une façon "détournée" à leurs yeux de détruire la réglementation sur les biocarburants.

A l'issue d'une précédente réunion à la Maison Blanche sur le sujet début avril, le président avait évoqué la possibilité d'autoriser la vente de carburant contenant jusqu'à 15% d'éthanol toute l'année, alors qu'elle est actuellement interdite dans certaines zones du pays au plus fort de l'été.

Mais ce geste n'a pas suffi à apaiser les agriculteurs, les producteurs d'éthanol et leurs représentants qui craignent toujours de voir Donald Trump pencher en faveur de la proposition du sénateur Ted Cruz sur le plafonnement des prix des RIN.

"Vous avez deux lobbies très puissants qui se font face et je ne voudrais en aucun cas m'avancer pour dire qui gagnera cette bataille de titans", note Christopher Knittel.

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