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Syrie: fin des poursuites pour financement du terrorisme pour l'ex-patron de LafargeHolcim

Syrie: fin des poursuites pour financement du terrorisme pour l'ex-patron de LafargeHolcim
L'ancien directeur général de LafargeHolcim, Eric Olsen, le 9 avril 2015 à ParisERIC PIERMONT

Eric Olsen n'est plus poursuivi pour "financement d'une entreprise terroriste": l'ancien directeur général de LafargeHolcim a convaincu les juges d'instruction de lever sa mise en examen dans l'enquête sur les activités du cimentier en Syrie.

"Cette décision lave mon honneur et va me permettre de reprendre le fil de ma carrière. (...) Cette levée de mise en examen, en cours d'instruction, est une décision de justice particulièrement rare", s'est félicité mardi M. Olsen, cité dans un communiqué.

Il reste mis en examen pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Dans cette vaste enquête, le groupe français Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, est soupçonné d'avoir versé entre 2011 et 2015, via sa filiale LCS, près de 13 millions d'euros à des factions armées en Syrie - dont le groupe État islamique (EI). Et ce, afin de continuer à faire tourner son usine de Jalabiya dans le nord du pays, malgré la guerre et au risque de mettre en péril la sécurité de ses employés syriens.

Ces derniers étaient restés seuls au départ de la direction de l'usine, à l'été 2012.

Huit anciens cadres ou dirigeants, dont l'ex-PDG de Lafarge Bruno Lafont, ont été mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste" et/ou "mise en danger de la vie" de salariés dans cette information judiciaire ouverte en juin 2017. Deux intermédiaires locaux au cœur de l'affaire, Amro Taleb et Firas Tlass, sont par ailleurs visés par un mandat d'arrêt.

- "Travail objectif" -

Né en 1964, Eric Olsen a été DRH puis directeur général adjoint de Lafarge à l'époque des faits, avant de devenir directeur général après la fusion avec Holcim.

Désormais placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté pour le "financement d'une entreprise terroriste", ce Franco-américain conteste encore les charges pour "mise en danger de la vie d'autrui", selon une source proche du dossier. Il affirme qu'il n'avait aucun pouvoir de décision sur la région concernée au moment des faits.

La personne morale Lafarge SA a quant à elle été mise en examen en juin 2018 pour "financement d'une entreprise terroriste" et "complicité de crimes contre l'humanité". Le groupe a saisi la cour d'appel de Paris d'une requête en nullité pour la contester.

"Ce qu'on observe avec cette levée de mise en examen, c'est que les juges font un travail objectif. Cela prouve aussi par exemple que la mise en examen de la personne morale est bien fondée sur des éléments de preuve", ont réagi auprès de l'AFP Marie-Laure Guislain et Me Marie Dosé, responsable du contentieux et avocate de Sherpa, l'une des deux ONG à avoir porté plainte contre le cimentier fin 2016.

L'enquête soulève par ailleurs des questions sur ce que savaient les autorités françaises sur les agissements de Lafarge et si la diplomatie a ou non laissé, voire encouragé le cimentier à maintenir ses activités en Syrie.

Entendu le 20 juillet 2018 par les juges d'instruction, l'ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, en poste de 2012 à 2016, a assuré n'avoir rien su du maintien du cimentier dans ce pays en pleine guerre.

A l'automne, un officier des renseignements avait, lui, avoué une collecte d'information "opportuniste" mais assuré n'avoir donné "aucune consigne" pour se maintenir dans le pays.

"On a fonctionné de manière totalement cynique", avait-il ajouté face aux magistrats instructeurs.

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