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Taux: dernier statu quo de la Fed avant les tours de vis monétaires

Taux: dernier statu quo de la Fed avant les tours de vis monétaires
La Banque centrale américaine (Fed) devrait laisser les taux d'intérêt inchangés mais s'apprête à sortir résolument d'une politique monétaire ultra-accomodante qui a prévalu pendant dix ans Brendan Smialowski

La Banque centrale américaine (Fed) conclut mercredi une réunion de politique monétaire à l'issue de laquelle elle devrait laisser les taux d'intérêt inchangés mais examiner le rythme de hausses à suivre alors que l'inflation se manifeste.

"Il est peu probable que la Fed prenne une décision monétaire cette semaine", assurent les analystes de Capital Economics.

La Réserve fédérale est à la croisée des chemins, alors qu'elle sort résolument de la politique monétaire ultra-accommodante qui a prévalu pendant dix ans et que l'inflation commence à apparaître.

Comme l'attestaient les projections moyennes de taux en mars, les membres du Comité monétaire sont divisés: la moitié d'entre eux pense qu'il faut accélérer les hausses à trois de plus cette année après le relèvement d'un quart de point (0,25%) en mars, l'autre moitié assure que deux autres tours de vis sont suffisants en 2018.

Mais depuis la précédente réunion, l'inflation, mesurée par l'indice PCE, a touché en mars l'objectif de 2% que la Fed estime sain pour l'économie, une cible qu'elle avait brièvement atteinte il y a un an mais sans s'y maintenir.

Cette remontée des prix semble être là pour rester cette fois-ci alors que l'activité est stimulée par les réductions d'impôts, que les hausses de salaires ne devraient pas tarder à suivre vu l'étroitesse du marché de l'emploi et que les prix de l'énergie remontent.

Le massif stimulus fiscal dont les effets n'ont pas encore joué à plein promet d'accélérer la croissance à plus de 3%, soutenue par la consommation et les investissements, assure l'administration Trump.

Le rythme d'expansion, usuellement médiocre au 1er trimestre, s'est avéré meilleur que prévu à 2,3% en rythme annuel. Au 2e trimestre, la croissance pourrait grimper à 4,1%, si l'on en croit la prévision de la Fed d'Atlanta.

Comme le résume Joseph Gagnon, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE), "l'économie va bien et va probablement aller encore mieux à cause du stimulus des réductions d'impôts qui commence à agir".

Les acteurs financiers vont donc scruter avec attention le communiqué qui sera publié mercredi à 18H00 GMT alors que le président Jerome Powell ne tient pas de conférence de presse pour cette réunion ordinaire.

- Marchés nerveux -

Cette incertitude sur l'attitude de la Fed rend les marchés nerveux.

Pour la première fois depuis quatre ans, le rendement sur les bons du Trésor à 10 ans a atteint le seuil symbolique des 3% fin avril, les investisseurs pariant sur une remontée de l'inflation et donc des taux.

Wall Street, dont l'indice Dow Jones a quadruplé depuis la récession de 2009, a cessé depuis février sa course aux records pour montrer une forte volatilité.

Enfin, le dollar est aussi sur la pente ascendante, dans le sillage de la hausse des rendements sur les obligations.

Le billet vert "a pris de l’ampleur (...) vu la dynamique de la première économie mondiale qui est supérieure à la croissance de ses rivaux au Japon, en Europe et au Canada", notent les économistes de Western Union.

Si elle doit prévenir une inflation trop soutenue en relevant les taux, la Fed ne veut pas non plus étouffer la croissance en renchérissant le coût des crédits immobiliers, celui des prêts à la consommation et aux entreprises ainsi que le service de la colossale dette américaine.

Les taux d'intérêt sur les crédits immobiliers sont déjà au plus haut depuis presque 5 ans. A plus de 4,5% pour un prêt à 30 ans, contre 4% au début de l'année, cela représente un surcoût de 88 dollars par mois sur un prêt de 300.000 dollars.

En admettant que la banque centrale décide de relever encore les taux trois fois d'un quart de point cette année, le coût de l'argent interbancaire va grimper à 2,50% d'ici la fin de l'année contre 1,75% aujourd'hui.

En outre, comme l'a affirmé récemment William Dudley, le patron de la Fed de New York, la tâche de la Fed est rendue difficile par les mesures de l'administration Trump.

La politique fiscale et commerciale pourrait s'avérer inflationniste: les réductions d'impôts vont alourdir la dette, quant aux tarifs douaniers, ils risquent de renchérir les prix à l'importation.

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