Thierry, patrouilleur d'autoroute et "sauveur" de vacanciers en détresse

Thierry, patrouilleur d'autoroute et
Thierry Collomb, patrouilleur autoroutier, dans son véhicule sur l'A7 près de Chanas (Isère) le 9 juillet 2018JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Quand il arrive au volant de son camion jaune, il est accueilli en "sauveur". Thierry Collomb, 56 ans, patrouilleur autoroutier, sillonne l'A7 depuis plus de vingt ans. La routine ? Non, assure-t-il, car chaque jour apporte son lot de surprises.

"Dans ce métier, il faut être vigilant tout le temps et ne pas prendre d'habitudes, surtout pas des mauvaises", estime le quinquagénaire aux cheveux poivre et sel, en signalant un ralentissement, dans son micro, au PC de sécurité basé à Valence.

En cette période estivale de forte circulation, les patrouilles habituelles sont réduites pour permettre aux six agents des Autoroutes du Sud de la France (ASF) du district de Chanas (Isère), qui se relaient 7 jours sur 7, 24H/24, de privilégier les interventions, qui se multiplient avec les départs en vacances.

"Ce que j'aime, c'est porter assistance aux clients", confie ce père de famille, devenu patrouilleur "quand un poste s'est libéré", tandis qu'il travaillait depuis plusieurs années chez ASF à la viabilité des routes.

"En été, il y a plus de voitures en panne et de pneus de camion qui éclatent à cause de la chaleur. Quand on arrive, on est le sauveur et les gens nous demandent souvent : +Comment vous savez qu'on est là?+", ajoute-t-il dans un sourire.

La pratique du métier, qui inclut aussi la surveillance du bon état de la chaussée, des glissières de sécurité et des clôtures, exige une certification, à repasser tous les cinq ans. "Sinon on ne peut plus intervenir", affirme Thierry Collomb.

- "16 minutes" -

Sur les autoroutes gérées en Auvergne-Rhône-Alpes par Vinci Autoroutes - la maison-mère d'ASF -, l'A7, l'A46, l'A72 et l'A89, 400 caméras sont installées, avec une forte densité dans la vallée du Rhône. Le trafic y atteint 170.000 véhicules/jour durant les week-ends de chassé-croisé, contre 70.000 en moyenne sur l'année. Occasionnant près de 600 dépannages par jour.

"On a 16 minutes pour intervenir", précise le patrouilleur. "Et la première chose, c'est la protection pour éviter le sur-accident", sa hantise.

Durant sa carrière, il a connu des moments "pas chouettes" lors de chocs mortels, sur lesquels il ne s'épanche pas. "Dans ces cas-là, on ne s'approche pas trop, ce sont les secours qui interviennent et nous, on se contente de baliser la route", explique-t-il.

Mais le quotidien du patrouilleur est fait aussi "de choses assez cocasses", comme des frigos ou des machines à laver tombés sur les voies, qu'il faut récupérer. "Il y a sept ou huit ans, j'ai eu un mari qui avait oublié sa femme sur une aire. La dame dormait dans la caravane et il s'était arrêté pour aller aux toilettes; après, il a redémarré sans s'apercevoir qu'elle était aussi sortie pour la même chose", raconte-t-il.

Dans ces situations, son rôle consiste surtout à "rassurer" parce qu'"avec les portables, on a vite pu joindre le mari qui a fait demi-tour pour la récupérer".

Restent les risques. L'agent s'agace des petites incivilités comme les absences de clignotants ou les rabattements dangereux. "En intervention, quand on met le message lumineux +Danger ralentir+ sur nos camions, il faudrait que les gens soient plus disciplinés", alerte-t-il, rappelant que "l'an dernier, 88 fourgons" de patrouille ont été accidentés sur le réseau Vinci en France - 16 salariés ont été blessés et un est décédé, selon le groupe.

En 2017, l'opérateur avait lancé une vaste campagne pour sensibiliser les automobilistes à la sécurité des femmes et des hommes "en jaune et en orange", et aux familles qui se cachent derrière eux. Car eux aussi ont une vie en dehors des routes... Qui se douterait que Thierry Collomb le patrouilleur a gagné cinq fois d'affilée au jeu télévisé "Des chiffres et des lettres" ?

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