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Touristes étrangers en Iran cherchent rials désespérement

Touristes étrangers en Iran cherchent rials désespérement
Des touristes visitent le 19 avril 2018 la tour Azadi dans la capitale iranienne TéhéranATTA KENARE

Tout juste arrivé dans la ville de Tabriz, ?Corneilis Vamoorschot a voulu changer ses euros pour obtenir les rials nécessaires à ses vacances en Iran, mais il a vite pris conscience des difficultés de l'entreprise.

"Nous avons voulu changer à la banque, mais les banques n'acceptent ni euros ni dollars; nous sommes allés à un bureau de change mais ils n'avaient plus d'argent", raconte ce touriste néerlandais.

Malgré ces tracasseries, il se dit émerveillé par le bazar en brique de cette cité du Nord de l'Iran, classé au Patrimoine mondial de l'humanité.

Finalement, M. Vamoorschot s'est adressé à l'office du tourisme local. Selon son témoignage, il y a confié ses billets à quelqu'un qui a disparu avec l'argent pour revenir plus tard avec des rials.

Pendant ce temps, on lui a servi le thé. Au bout du compte, "ils ont fait un bon taux", s'amuse ce chargé de projet à la mairie de Rotterdam (sud-ouest de Pays-Bas). Un taux excellent même, puisqu'il a obtenu 71.000 rials pour chaque euro changé.

Pour enrayer une chute vertigineuse du rial iranien sur le marché libre, les autorités de Téhéran ont mis fin, le 10 avril, au flottement de la devise nationale, instaurant un taux de change fixe par rapport au dollar.

Le taux ainsi fixé à 1 dollar américain pour 42.000 rials sert de référence pour les opérations de change avec les autres monnaies en fonction de leur cours par rapport à la devise des États-Unis

Par exemple, lorsque l'euro vaut 1,21 dollar, il devrait s'échanger en Iran contre 50.820 rials (1,21 x 42.000).

Le 15 avril, la Banque centrale a interdit "jusqu'à nouvel ordre" aux bureaux de change d'acheter ou de vendre des devises, laissant aux seules banques l'autorisation de réaliser ces transactions. Mais dans la pratique, celles-ci refusent de le faire, selon de nombreux témoignages.

- Système D -

Du fait des sanctions financières américaines contre Téhéran, les cartes de crédit internationales sont inutilisables en Iran et les touristes doivent donc apporter suffisamment de liquide en devises pour leur séjour.

Si l'impossibilité de changer "persiste, cela entraînera certainement des problèmes", redoute Ahmad Zarrabi, directeur d'une agence de voyage à Tabriz alors qu'après des années d'isolement, dont il est sorti en 2015 à la faveur de l'accord international sur le nucléaire iranien, l'Iran chercher à attirer davantage de touristes occidentaux.

Ceux-ci, essentiellement Allemands, Français, Italiens, Néerlandais ou Britanniques, selon de récents chiffres officiels, n'ont été que quelque dizaines de milliers entre mars et août 2017, loin derrière les près de 650.000 touristes Irakiens - surtout des pélerins chiites - pendant la même période.

Ironiquement, la chute du rial est liée à l'accord limitant le programme nucléaire de l'Iran puisqu'elle découle d'un mouvement de spéculation anticipant un retrait des États-Unis de ce traité d'ici au 12 mai, comme en menace le président américain Donald Trump.

M. Vamoorschot a changé une partie seulement de son argent à Tabriz, espérant une situation plus favorable dans la capitale.

Interrogés entre le Grand Bazar de Téhéran et le palais du Golestan, plusieurs touristes témoignent qu'il n'en est rien.

"Les banques sont fermées, [le bureau de change] est fermé, et nous n'avons pas pu changer d'argent", raconte Simona, touriste allemande.

"Pour nous, c'est un petit problème, mais je pense que c'en est un plus gros pour les marchands locaux parce que nous voudrions leur acheter quelque chose, mais ce n'est pas possible", dit-elle.

Puisqu'il leur faut des rials, les touristes font comme les Iraniens qui ont besoin de trouver des devises étrangères avant de voyager hors du pays (le rial iranien n'étant guère prisé en dehors de l'Iran): ils se débrouillent.

?"On n'a pas eu de problème parce qu'on a des amis iraniens qui se sont occupés de tout pour nous", témoigne Catherine, touriste française.

?Simona aussi a fini par changer ses devises: "Notre guide nous a conduits à un homme dans le coin qui pouvait changer et nous avons changé notre argent dans la rue, ce n'était pas très bien".

"Nous avons apporté les rials, ils ont apporté les euros", raconte en souriant un autre guide touristique, tout en esquivant une question sur le taux pratiqué pour l'échange.

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