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Transport aérien: l'Europe se rapproche de l'Amérique latine

Transport aérien: l'Europe se rapproche de l'Amérique latine
Un avion de la compagnie KLM atterrit à l'aéroport international de Fortaleza, au Brésil, le 3 mai 2018Fabio LIMA

Le transport aérien vers et à partir de l'Amérique latine affiche une belle santé, mais si le trafic est près de cinq fois plus important avec l'Amérique du Nord que l'Europe, les compagnies du vieux continent comptent bien tirer leur épingle du jeu.

C'est le cas du groupe Air France-KLM qui vient d'inaugurer une liaison entre Paris et Fortaleza, dans le nord-est du Brésil.

"Pour vous dire l'importance pour nous de la relation avec le Brésil, dès l'hiver prochain, nous aurons 44 vols par semaine et ce sera la fréquence la plus élevée de l'histoire du groupe", dit à l'AFP Patrick Alexandre, directeur général commercial d'Air France.

Tandis que le trafic mondial s'envolait vers un nouveau record l'an dernier, avec plus de 4 milliards de passagers transportés (+7,6%), l'Amérique latine a enregistré sa progression la plus forte depuis 2011 (9,3%), selon l'IATA, l'Association internationale du transport aérien.

Pour le premier semestre de cette année, les consultants ForwardKeys prévoient une hausse de 9,3% des voyages internationaux au départ de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Ils prédisent aussi une très belle progression de 16,5% des réservations à destination du Brésil -- le premier marché du continent -- et une hausse de 14,2% du nombre des passagers internationaux à partir de ce pays.

Dans "la tendance sur les réservations à partir et vers l'Amérique latine (...) on voit un cercle vertueux", estime Olivier Jager, président de ForwardKeys, "de nombreuses compagnies augmentent leur capacité".

Mais traditionnellement, l'Amérique latine regarde bien plus vers le Nord, les Etats-Unis et le Canada, que vers l'Europe.

Pour l'ensemble de l'Amérique latine, le trafic international avec l'Amérique du Nord représente 81% du total des passagers.

En 2016, selon les derniers chiffres disponibles de l’Association des compagnies aériennes d’Amérique Latine et des Caraïbes (ALTA), 16,33 millions de passagers ont été transportés vers ou depuis l'Amérique du Nord.

En comparaison, les liaisons Europe-Amérique latine n'ont représenté que 3,28 millions de passagers, presque cinq fois moins. Mais elles ont affiché une belle progression: 14,1%.

- Continent sous-exploité -

"L'Amérique latine est un marché très intéressant pour les compagnies européennes", dit Carlos Osores, directeur du cabinet de conseil d'aviation ICF.

Contrairement à "l'Amérique du Nord qui est un marché mature", il y "reste des opportunités pour faire des profits plus élevés, comme en Afrique, car il n'y a pas encore vraiment de concurrence des low-cost" qui ont tellement tendu le marché ailleurs, dit-il.

Le continent reste sous-exploité, à l'image de "cet immense Brésil qui a un potentiel gigantesque mais n'a reçu que six millions de touristes internationaux en 2016, le même nombre que la petite république dominicaine", relève M. Osores.

Les Européennes TAP (avec Azul), Iberia, Air France-KLM, Air Europa, Turkish Airlines, ou les low-cost Norwegian et Level ont augmenté leurs capacités de 10 à 40% au cours des 12 derniers mois entre l'Amérique latine et l'Europe.

Mais si trois nouvelles lignes ont été ouvertes sur 12 mois entre l'Europe et l'Amérique latine (Buenos Aires, Recife), près de trois fois plus ont été lancées avec les Etats-Unis. Telle une liaison Fort Lauderdale-Belem, plus courte qu'un vol transatlantique, qui implique des avions plus petits comme l'A320, et donc une moindre prise de risque commercial.

"Les distances sont plus longues" avec l'Europe, cite M. Osores au titre des désavantages pour le vieux continent, mais "les tarifs sont élevés avec l'Europe en raison d'un manque de concurrence. Souvent les grandes routes sont opérées par une ou deux compagnies seulement".

Ainsi pour se développer, les transporteurs européens vont devoir s'intéresser aux routes secondaires et à d'autres destinations, comme le font déjà les compagnies américaines, qui ont ouvert au Brésil des lignes sur Belo Horizonte, Recife, ou Salvador.

C'est le pari que vient de faire Air France-KLM sur Fortaleza, en partenariat avec GOL, leader au Brésil.

"La géographie de Fortaleza est idéale", déclare Patrick Alexandre, "c'est un point d'entrée au Brésil beaucoup plus rapide, plus proche de l'Europe".

Le groupe veut profiter du large réseau de GOL pour irriguer le Nord et Nord-est, des régions importantes sur le plan économique et touristique mais négligées, le transport aérien restant très concentré sur Sao Paulo, coeur battant de l'économie du Brésil mais qui attire peu les touristes.

Un choix qui pourrait être payant alors que le pays souffre d'un problème d'infrastructure, notamment Sao Paulo-Guarulhos, totalement saturé, comme le sont également les aéroports de Bogota, Lima ou Santiago dans la région.

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