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Un "Envoyé spécial" accablant sur les conditions de travail à La Poste

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Une employée de La Poste, à Chevilly-Larue dans le Val-de-Marne, le 28 octobre 2016CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
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Cadences industrielles, souffrance au travail, suicides: le tableau que dresse de La Poste un documentaire du magazine "Envoyé spécial" diffusé jeudi soir (21h00) est très noir, au point que le groupe a refusé de participer à l'enquête.

"J'ai contacté La Poste plus de deux mois avant la diffusion et j'ai reçu une réponse négative", a expliqué à l'AFP le journaliste Pedro Brito Da Fonseca, auteur de ce sujet intitulé "La Poste sous tension".

Les premières images montrent un groupe de postiers des Hauts-de-Seine, alors en grève depuis 15 mois, pénétrant en force de nuit en juin dernier dans le siège du groupe.

Une "action délictuelle" qui motive la réaction du groupe de ne pas participer à un reportage adoptant "un angle exclusivement polémique et partial qui ne laisse aucune perspective d'un traitement objectif et équilibré", a indiqué La Poste à l'AFP.

Au-delà de ces premières images choc, le documentaires de 37 minutes émeut surtout pour ses témoignages de postiers en souffrance et de proches de ceux qui se sont suicidés.

Le reportage détaille deux suicides, celui de Charles Griffond, 53 ans, le 17 juillet 2016, qui laisse une lettre intitulée "lettre d'un facteur désespéré", et celui de Paula Da Silva, le 24 octobre 2018, après des mois de burn-out, d'appels à l'aide et d'arrêt de travail.

Dans les deux cas, les proches évoquent une pression insupportable. Des salariés, postiers ou cadres, témoignent aussi du "travail minuté" par des algorithmes opaques, des "réorganisations tous les 18 ou 24 mois", des prises d'anxiolytiques pour "tenir".

Marc, ancien cadre, a tenu de 2008 à 2015 une liste et constate qu'on passe à partir du changement de statut d'une vingtaine de suicides par an à "30, 35 cas par an, un presque doublement".

Un autre cadre "estomaqué" fait état d'une liste interne recensant une quarantaine de suicides ou tentatives en 2016.

Les suicides à La Poste n'ont pas eu le même impact médiatique qu'à France Télécom, relève le reportage, qui avance une explication avec les confidences d'une ancienne attachée de presse: selon elle, la communication a développé un argumentaire bien rodé auprès des médias, mettant systématiquement en cause la vie personnelle du salarié ou son incapacité à "prendre le train de la transformation en marche".

Cette attachée de presse dit avoir quitté la Poste pour ne "pas passer (sa) vie à jouer les fossoyeurs".

La plupart des intervenants témoignent le visage flouté et la voix modifiée. "J'ai eu du mal à établir le contact, il règne un sentiment de peur", a indiqué à l'AFP Pedro Brito Da Fonseca.

Le mal-être à La Poste est dénoncé depuis plusieurs années par les syndicats, des salariés et des médecins du travail de l'entreprise.

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