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Un grand Texan dans le petit Iowa: Beto O'Rourke est en campagne

L'hiver s'accroche sur les vastes plaines de l'Iowa, où le Texan Beto O'Rourke est venu promettre vendredi, au deuxième jour de sa campagne pour la présidentielle américaine de 2020, des jours meilleurs à une population rurale surtout curieuse de voir qui se cache vraiment derrière le phénomène médiatique.

Comme le guitariste punk qu'il était dans une autre vie, avant d'imaginer s'installer un jour à la Maison Blanche, le quadragénaire démocrate à la silhouette longiligne a fait patienter son public, chaudement entassé dans un café de Mount Pleasant.

Les seules "célébrités" qui s'arrêtent habituellement dans cette ville de 8.500 habitants du sud-est de l'Iowa, entourée à perte de vue par des champs de maïs et de soja, sont celles invitées lors de la Midwest Old Threshers Reunion, grande foire agricole annuelle.

Le comté de Henry dans lequel elle se trouve avait voté pour Donald Trump en 2016, mais la guerre commerciale lancée tous azimuts par le président, et les tarifs douaniers freinant leurs exportations, ont fait des déçus chez les agriculteurs. Mais pas seulement.

Robert Morrison a perdu son emploi de machiniste en janvier lorsque Siemens a fermé son usine de Burlington pour délocaliser en République tchèque et en Inde. "Un sale coup", déplore-t-il. "C'est très injuste".

Alors, il espère que Beto O'Rourke "ferait de son mieux pour garder nos boulots" dans le pays. "Il a du charisme, il est positif, son message passe bien. Je pense qu'il ferait un bon président".

- "Bouffée d'air frais" -

Le démocrate de 46 ans, battu de justesse en novembre par Ted Cruz au Texas dans la course au Sénat --une relative performance dans un Etat traditionnellement conservateur--, a surpris vendredi les caméras, nombreuses à le suivre en ce début de campagne, en arrivant par l'arrière du café Central Park de Mount Pleasant.

Entré en artiste, Robert O'Rourke, qui préfère depuis longtemps se faire appeler par son surnom, "Beto", a alors pris de la hauteur, retroussé les manches de son inamovible chemise bleue et démarré ses grands mouvements de bras, sources des moqueries, la veille, de Donald Trump.

Debout sur le comptoir, les pieds au milieu des cookies, il a dressé en une dizaine de minutes, après avoir eu une pensée pour les victimes de l'attentat en Nouvelle-Zélande, les grandes lignes de sa politique.

Couverture santé universelle, réforme de la justice, lutte contre le changement climatique... Beto O'Rourke, plus au centre que beaucoup des autres candidats déclarés à la primaire démocrate, souhaite "rassembler le pays", au-delà des clivages qui le déchirent aujourd'hui.

Casquette "Beto 2020" devant lui, Ted Bowling, originaire du Texas comme le jeune candidat, est convaincu que ce dernier peut apporter une "bouffée d'air frais" sur la scène politique américaine.

"Les choses stagnent depuis deux ans et demi et je pense que Beto fait entendre une voix différente", juge cet enseignant à la retraite de 62 ans, qui avait voté pour Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2016.

Garrick Dodson, 17 ans, n'est lui pas encore en âge de voter, mais il le sera lorsque l'Iowa donnera en février 2020 le coup d'envoi des primaires démocrates. Et son choix se portera sans doute plutôt sur le septuagénaire Bernie Sanders.

"J'étais curieux de voir Beto O'Rourke, c'est un candidat intéressant (...) Il me rappelle beaucoup Obama", confie le jeune homme. "Mais je pense qu'il pourrait être plus à gauche. Ce n'est pas le plus progressiste de tous (les démocrates) que nous avons aujourd'hui".

Retraitée de 85 ans, Rachel Beatty, pimpante sous sa chemise à carreaux, a été séduite par "l'enthousiasme" du beau Beto. "Mais il y a tellement de bons candidats", relève-t-elle après avoir consulté l'application Instagram de son téléphone portable.

Y suit-elle le Texan, particulièrement actif sur les réseaux sociaux? "Surtout pas, c'est juste le seul moyen aujourd'hui de communiquer avec ma petite-fille".

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