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Un mois après l'incendie de Lubrizol, le traumatisme est toujours là

"J'ai rêvé de l'accident deux fois depuis qu'il a eu lieu", confie Loïc, 40 ans, commerçant à Rouen. Un mois après le spectaculaire incendie dans l'usine chimique Lubrizol à Rouen, le traumatisme est toujours là.

Le 26 septembre, 9.500 tonnes de produits sont parties en fumée depuis le site de Lubrizol, classé Seveso seuil haut, et le site voisin de Normandie Logistique.

Quatre semaines plus tard, les travaux de dépollution sont en cours et les odeurs d'hydrocarbure se sont estompées mais restent perceptibles à Petit-Quevilly. De loin, on distingue les brumisateurs en action pour limiter les odeurs.

Libraire à Rouen, Matthieu de Montchalin reconnaît avoir "été très secoué par l'événement" mais souhaite que "le sang-froid et l'intelligence reprennent le dessus".

Et il en a tiré une conclusion: "Notre pays n'est pas du tout préparé à ce type de situation. Il faut changer la façon dont la population se prépare à ce genre de choses".

Les habitants ou professionnels rencontrés par l'AFP ont deux exigences, la "transparence" et "un suivi à long terme".

"Quand on a des enfants, ça met une dose d'angoisse supplémentaire. Il faut aller au bout des enquêtes pour mesurer les conséquences sanitaires à court, moyen et long terme et que toute la transparence soit faite", demande ainsi M. de Montchalin.

Mathieu Gibassier, pompier intervenu le lendemain de l'incendie sur le site et secrétaire CGT SDIS 76, ne dit pas autre chose. "Je ne suis pas inquiet si je prends mes résultats d'analyse sanguine. En revanche, je suis inquiet parce que toutes les analyses nécessaires n'ont pas été effectuées, notamment sur la présence de métaux lourds".

"Est-ce que les dirigeants de l'usine ont envie de dire toute la vérité ? Je n'en suis pas sûr", s'interroge de son côté François, un voisin du site, ancien salarié dans la maintenance industrielle.

- "Une sorte de psychose" -

Et c'est sans compter les 160 fûts endommagés qui doivent être déplacés, une opération délicate qui a démarré mercredi.

"Savoir qu'un robot est en train de trifouiller là-dedans, je n'ai pas trop confiance", dit Loïc.

Même crainte chez Jean-Noël Guyaner, de l'association Les sinistrés de Lubrizol. Installé à proximité du site, il se dit "toujours inquiet, notamment par l'enlèvement des fûts qui restent sur le site".

"L'information est partielle" et "des questions restent sans réponse", déplore Guillaume Blavette, membre de France Nature Environnement Normandie. Selon lui, "le problème, c'est l'exposition dans la durée à de faibles doses de contaminants".

La solution ? "Un suivi sanitaire organisé sur plusieurs années" comme lors de la catastrophe de Seveso en Italie, plaide Julien Essahli, professeur de collège.

Un mois après la catastrophe, les commerçants disent attendre encore le retour des clients. "Plusieurs semaines après, les pertes de chiffre d'affaires sont encore réelles, de l'ordre de 20 à 25%. Les clients qui viennent de l'extérieur de Rouen ne sont toujours pas revenus", explique M. de Montchalin, ancien président de l'association Vitrines de Rouen. Et selon lui, il va falloir "du temps pour rétablir la situation", dans une année marquée par "des travaux et le mouvement des gilets jaunes".

Jean-Noël Guyaner, jardinier indépendant à Petit-Quevilly, assure avoir "perdu une grande partie de sa clientèle" et se pose "la question de fermer sa boîte et faire autre chose".

"Une sorte de psychose" s'est installée, résume Lucie Engérant, productrice de lait à Mesnil-Mauger (Seine-maritime). "Des gens ne veulent plus consommer local". "Au-delà du préjudice financier, il y a le préjudice d'image", constate-t-elle.

Elle même a dû "jeter plus de 20.000 litres de lait en raison de l'interdiction préfectorale", mais personnellement, elle a "continué à consommer" son lait.

Certains habitants songent à quitter la zone. "Ma femme a envie de partir. Des voisins ont envie de partir. Les gens prennent conscience qu'ils vivent dans un endroit dangereux", raconte ainsi François.

Mais il le sait, "les maisons ici sont invendables actuellement".

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