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Usine polluante: la CEDH appelle Rome à agir "dans les plus brefs délais"

Usine polluante: la CEDH appelle Rome à agir
L'usine Ilva de Tarente, le 18 mars 2015 en ItalieALFONSO DI VINCENZO
Italie

La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a appelé jeudi Rome à prendre "dans les plus brefs délais" les mesures nécessaires pour protéger les riverains des émissions toxiques de la plus grande aciérie d'Europe, au sud de l'Italie.

Les autorités italiennes n'ont pas pris les "mesures nécessaires" pour protéger les riverains et doivent désormais "assurer la protection environnementale et sanitaire de la population", ont souligné les juges européens.

Retenant la plainte de quelque 160 riverains de l'usine Ilva de Tarente (Pouilles), la CEDH a estimé qu'ils vivaient "dans les zones touchées par (ses) émissions nocives". Les plaintes de 19 autres ont été rejetées, ceux-ci ne résidant pas à proximité de l'usine selon la Cour.

"La prolongation d'une situation de pollution environnementale met en danger la santé des requérants", relèvent les magistrats, qui concluent dans leur arrêt à la violation des articles 8 (droit au respect de la vie privée) et 13 (droit à un recours effectif) de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Propriété du géant mondial de la sidérurgie ArcelorMittal, le site, qui emploie près de 11.000 personnes, se trouve au cœur d'un énorme procès en Italie, les experts cités par le parquet italien évoquant jusqu'à 11.550 morts en sept ans causés par ses émissions polluantes.

En reprenant fin 2018 l'aciérie, ArcelorMittal s'est engagé à injecter 2,4 milliards d'euros sur cinq ans pour améliorer sa productivité et accélérer la dépollution.

"Ilva a signé un contrat avec l'Etat Italien. Moi, je dis +Ils le respectent ou… ils le respectent+", a estimé le ministre italien de l'Environnement, Sergio Costa, après l'annonce de l'arrêt de la CEDH.

"La pollution permanente causée par les émissions de l'Ilva a mis en danger la santé de toute la population vivant dans la zone à risque", a-t-il dit.

Les plaignants accusaient Rome d'avoir autorisé par décrets la poursuite de l'activité de l'usine en dépit de rapports d'experts alarmants.

Nombre de requérants souffrent de cancers, d'affections thyroïdiennes ou pulmonaires. D'autres ont des proches malades ou décédés de ces affections.

En 2014, la Commission européenne avait demandé à l'Italie de remédier aux problèmes de pollution observés sur ce site, soulignant que l'Etat avait manqué aux obligations de garantir la conformité de l'aciérie avec la directive sur les émissions industrielles.

Plusieurs procédures pénales ont toutefois abouti en Italie: la Cour de cassation italienne a condamné des dirigeants du site pour pollution atmosphérique, rejet de matières dangereuses et émissions de particules, rappelle la CEDH.

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