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Vallourec rejette la demande de soutien à la reprise d'Ascoval par Altifort

Vallourec rejette la demande de soutien à la reprise d'Ascoval par Altifort
Photo prise le 29 janvier 2018 de l'usine Ascoval à Saint-Saulve (Nord)FRANCOIS LO PRESTI

A deux jours de la décision du tribunal de grande instance de Strasbourg qui doit se prononcer mercredi sur l'avenir de l'aciérie nordiste Ascoval, le groupe Vallourec a annoncé qu'il ne lui était "pas possible" d'apporter le soutien demandé par le candidat repreneur Altifort.

Vallourec a affirmé lundi que cette demande, qu'il chiffre à 51 millions d'euros, serait "contraire à la préservation des intérêts du groupe".

Les réactions de colère n'ont pas tardé, tant du côté d'Altifort que des syndicats et des élus.

"C'est assez choquant, j'ai du mal à comprendre ces arguments", a déclaré à l'AFP le directeur général d'Altifort France, Bart Gruyaert. "C'est un gâchis industriel. Les salariés vont payer la mauvaise gestion de Vallourec", a-t-il ajouté.

"Vallourec vient d'annoncer qu'il ne soutiendrait pas le projet de reprise d'Ascoval. Qu'en dit l'État, actionnaire de Vallourec, et que propose-t-il ?", a tweeté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand.

La secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher se rendra mardi matin à Valenciennes où une réunion se tiendra "pour continuer les discussions sur la reprise de l'aciérie Ascoval" avec élus locaux, représentants du personnel d'Ascoval et dirigeants de Vallourec.

- Besoins de financement -

Créée en 1975 par Vallourec, l'aciérie de Saint-Saulve (Nord), près de Valenciennes, spécialisée dans les aciers spéciaux, est devenue Ascoval en 2017. Elle emploie 281 salariés.

Vallourec, dont l'État est actionnaire, en avait cédé 60% au groupe Asco Industries, en conservant 40% avec des engagements de commandes. Mais Asco Industries a été placé en liquidation en février et depuis, l'aciérie attend un repreneur.

Deux candidats se sont manifestés: le groupe iranien Boost qui a déposé une lettre d'intention et le groupe franco-belge spécialisé dans les matériaux spéciaux Altifort, qui a fait "une offre ferme".

Selon le spécialiste des tubes sans soudure, accepter la demande d'Altifort le conduirait "à acheter à cette société son acier à des prix de plus de 30% supérieurs" à ses autres fournisseurs, "mettant en péril (ses) activités françaises et européennes". Et ce, sur des activités confrontées depuis des années à "un contexte de marché extrêmement difficile".

Vallourec doute en outre du plan de reprise proposé, estimant que ses "besoins de financement" ont été "largement sous-évalués" et "ne sont financés que pour une part minime par Altifort", le reste provenant "d'hypothétiques prêteurs et investisseurs".

- "Gâchis industriel" -

Mais face au risque d'arrêt de l'usine, Vallourec se dit "pleinement conscient du désarroi des salariés d'Ascoval", et prêt à se mobiliser "pour favoriser leur reclassement".

Pour le directeur général d'Altifort, en tout 1.000 emplois sont concernés, sous-traitants compris.

Altifort s'était engagé à investir à Saint-Saulve dans un train à fil, un projet qu'il financerait à hauteur de 140 millions d'euros, faisant selon lui passer les effectifs de 281 à 414 salariés.

Les syndicats ont exprimé leur colère à l'annonce de Vallourec.

Pour Nacim Bardi, représentant syndical CGT, "c'est un petit meurtre entre amis!". "II y a eu pas mal de collusion entre l'État et Vallourec, qui n'ont fait que démonter un projet industriel solide. Tous les chiffrages avancés par Vallourec sont faux", a-t-il dit à l'AFP.

"On voyait très bien le petit jeu de Vallourec, les arrangements (du président du directoire de Vallourec) Philippe Crouzet avec ses anciens collègues du ministère", a réagi Bruno Kopczynski, porte-parole de la coordination, élu au CE (CFDT). "On est mort, on va être liquidé d'ici une petite semaine. C'est du dégoût."

"Maintenant ils vont voir le vrai visage des aciéristes en colère, à partir de jeudi (...) La venue d'Emmanuel Macron à Maubeuge (en novembre) va être fêtée comme il se doit", a-t-il ajouté.

Pour le député PCF du Nord Fabien Roussel, "c'est inadmissible. C'est un gâchis industriel. C'est un scandale d'Etat". "Je partage la colère des salariés", a-t-il dit, appelant l'Etat à "se donne(r) trois semaines pour monter au capital de Vallourec à hauteur de 33%, minorité de blocage" et redéfinir une "stratégie industrielle".

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a promis dimanche sur France 3 de se battre jusqu'au bout" pour l'aciérie, qualifiant de "mensonge" les propos de Xavier Bertrand qui vendredi, avait accusé l'État de "préparer l'assassinat" de l'entreprise.

sbo-ref-jpa-rl/or

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