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Venezuela: après six jours sans courant, l'or noir en chute libre

Venezuela: après six jours sans courant, l'or noir en chute libre
Un camion-citerne de la compagnie PDVSA, le 11 mars 2019 à CaracasCristian HERNANDEZ

La gigantesque panne de courant qui a plongé le Venezuela dans le noir va précipiter l'effondrement de la production pétrolière, déjà minée par la crise et les sanctions américaines qui lui feront bientôt perdre son marché principal.

Après six jours sans lumière et avec le pompage à l'arrêt, l'horizon est plus que sombre pour cette ressource essentielle à l'économie du pays et pour la compagnie publique d'exploitation PDVSA.

A partir du 28 avril, les citoyens et entreprises nord-américains seront interdits de vendre ou d'acheter le brut vénézuélien qui rapporte 96% de ses recettes au pays, et dont les réserves sont les plus importantes au monde.

Même si les exportations étaient déjà en chute libre, c'est un mauvais coup de plus porté au gouvernement de Nicolas Maduro car les Etats-Unis assurent 75% de la trésorerie de PDSVA.

Sekon le président Maduro, les sanctions des Etats-Unis, avec lesquels les relations diplomatiques sont rompues, ont déjà coûté 30 milliards de dollars.

La paralysie que vient de subir le Venezuela a encore impacté ce secteur affaibli. "Pas un seul baril n'est sorti pendant toute la durée de la panne", affirme à l'AFP l'expert Luis Oliveros, en prévoyant "une détérioration bien pire encore à venir".

Une situation qui préoccupe aussi l'Agence internationale de l'énergie (AIE). "La semaine dernière, les opérations du secteur (pétrolier vénézuélien) ont été sérieusement perturbées et les pertes actuelles à grande échelle pourraient représenter une difficulté pour le marché", note-t-elle dans son rapport mensuel sur le pétrole. L'AIE prévient aussi que "la dégradation du système électrique est telle que nous ne pouvons pas être certains que les réparations seront durables".

- Puits à l'arrêt -

La production de brut vénézuélien a commencé sa descente aux enfers en février de l'année passée, stagnant autour d'un peu plus du million de barils par jour, soit 142.000 de moins que la moyenne du mois précédent, selon des sources proches de l'OPEP. Il y a dix ans, les exportations atteignaient 3,2 millions de barils/jour.

Avec les dégâts causés aux installations, le volume pourrait chuter à 500.000 cette année, prévient l'économiste Asdrubal Oliveros, directeur de l'Institut Ecoanalitica.

PDVSA n'a pas encore présenté le bilan de la panne. Pendant la coupure, la compagnie nationale s'est bornée à annoncer qu'elle assurerait les livraisons d'essence à l'intérieur du pays, quand de longues files ont commencé à se former devant les stations-services.

"Nous n'avons pas arrêté les opérations et elles ne vont pas s'arrêter!", a martelé la compagnie.

Mercredi soir, trois citernes de stockage appartenant à la compagnie ont été incendiées dans l'Etat d'Anzoategui (nord-est): comme pour la panne, le gouvernement a incriminé les Etats-Unis et l'opposition qui auraient selon lui commandité une "action terroriste".

Relancer les installations ne sera pas chose facile parce qu'elles auront forcément subi des dommages.

"Dans certains cas, les dégâts causés aux puits peuvent être irréversibles, dans d'autres ils nécessiteront de lourds investissements pour redevenir opérationnels. Mais les conséquences vont être très sévères", avertit Luis Oliveros.

Le nombre de puits réellement en fonction était déjà en chute libre en raison d'un manque de maintenance et d'investissements et de la corruption.

Selon le prestataire de services pétroliers Baker Hughes, 26 plateformes fonctionnaient encore au Venezuela fin février, contre 47 un an auparavant. Et 74 en février 2014.

- Asphyxie -

M. Maduro a accusé une "cyber-attaque" contre la principale centrale du pays d'avoir causé la panne du 7 mars. Mais des experts interrogés par l'AFP ont rappelé la fréquence des pannes. "Les infrastructures du pays ne cessent de se dégrader", relève Luis Oliveros.

L'administration Trump a gelé les fonds et les actifs de PDVSA aux Etats-Unis et ceux de CITGO, sa filiale, confiant leur contrôle au leader de l'opposition Juan Guaido, reconnu comme président intérimaire par une cinquantaine de pays.

Dès la fin 2017, Washington avait interdit à ses ressortissants et à ses entreprises de négocier de nouvelles obligations de la dette du pays et de PDVSA, soit environ 150.000 millions de dollars.

M. Trump étend désormais ces mesures aux partenaires de la compagnie nationale. Selon le cabinet-conseil Eurasia Group, Washington veut encore étendre ces sanctions à des tiers afin de "miner davantage le financement" du gouvernement Maduro.

Cette semaine, le département du Trésor a sanctionné une banque russe, Evrofinance Mosnarbank, pour avoir "assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel ou technologique" à PDVSA.

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