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Venezuela: en tournée nationale, Guaido veut marcher "jusqu'à la présidence"

L'opposant vénézuélien Juan Guaido a entamé samedi une tournée à travers le pays avec l'intention de marcher "jusqu'à Miraflores", le siège de la présidence à Caracas, pour en déloger Nicolas Maduro.

"Nous entamons aujourd'hui une nouvelle phase de notre mobilisation en visitant tous les Etats possibles, nous lançons une opération pour libérer notre pays et que cesse l'usurpation" a lancé M. Guaido, qui s'est proclamé président par intérim le 23 janvier, devant plusieurs milliers de ses partisans réunis à Valencia, capitale de l'Etat de Carabobo, l'une des principales villes industrielles du pays à 170 km à l'ouest de Caracas.

Au même moment, le président en exercice Nicolas Maduro avait de nouveau appelé la population dans les rues de Caracas à une "marche révolutionnaire et anti-impérialiste", afin de fêter la fin de la panne électrique qui a frappé le pays pendant près d'une semaine, et la "victoire" sur les Etats-Unis qu'il accuse d'avoir commandité le 7 mars des attaques "cybernétiques" contre la principale centrale du pays, le plongeant dans le noir.

- deux présidents -

Deux manifestations concurrentes qui illustrent l'impasse politique entre deux "présidents" qui se disputent un pays miné par la crise économique, l'effondrement de sa monnaie et les pénuries.

"Qu'ils partent, ils ne reviendront pas! Va-t-on les laisser entrer à Miraflores? Va-t-on permettre que le palais du peuple redevienne le palais de l'oligarchie, de la bourgeoisie?", a demandé samedi depuis le rassemblement chaviste un des piliers du régime, Diosdado Caballo.

Nicolas Maduro a ordonné à l'armée de renforcer la surveillance des installations électriques et de défricher la végétation autour des sites, après que des images circulant sur les réseaux sociaux ont montré les pylônes de lignes à haute tension envahis par de hautes herbes.

L'opération, baptisée "En avant! Anna Karénine", appelle la population à prêter main forte aux forces armées pour "conforter le retour à la normale", a exhorté le ministre de la Défense Vladimir Padrino, en visite samedi dans l'Etat de Vargas, voisin de Caracas.

Pour Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale qui a reçu le soutien d'une cinquantaine de pays, M. Maduro est un "usurpateur" réélu pour un deuxième mandat lors d'un scrutin entaché de fraudes, et cette panne est due à sa mauvaise gestion et à la corruption du régime.

"Il est temps de reprendre le Venezuela point par point", a-t-il déclaré à Valencia. "Ils pensent pouvoir nous faire taire, nous intimider (...) Le régime veut nous faire douter. Ils ne pourront pas nous diviser, ce processus est irréversible, il n'y a pas de retour en arrière possible".

Après une série de grands rasemblements dans Caracas et le reste du pays, Juan Guaido a changé de tactique et demandé aux députés de l'opposition, qui domine le Parlement, d'organiser des assemblées citoyennes dans leurs circonscriptions à la manière ds "cabildos", les conseils traditonnels. Une cinquantaine de réunions de ce type se tenaient ce samedi dans dix des 23 Etats du pays, selon l'opposition.

- sabotage -

Guaido, 35 ans, a promis cette semaine de s'installer "très prochainement dans le bureau présidentiel" - sans cependant annoncer de date pour le dernier acte de sa tournée à Caracas.

Mardi, le procureur général du Venezuela a ouvert une enquête contre lui "en raison de son implication présumée dans le sabotage du système électrique" du pays.

Avec cette mégapanne, qui a mis l'économie à l'arrêt, le pays de 30 millions d'habitants - dont 10% vivent actuellement en exil - s'enfonce encore un peu plus dans la crise qui a vu l'effondrement de sa production de pétrole, la seule ressource du pays qui assure 96% de ses recettes.

Ce grave incident a accru la nervosité des autorités qui ont procédé récemment à plusieurs arrestations et expulsions de journalistes, locaux comme Luis Carlos Diaz, libéré après 24 heures mais accusé "d'incitation au crime", ou étranger comme Cody Weddle, américain, arrêté et expulsé douze heures plus tard.

Vendredi, Tomasz Surdel, correspondant du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, a accusé la police de l'avoir passé à tabac à Caracas, avec un simulacre d'exécution.

L'ONG Espacio Publico, qui défense la liberté d'expression, a enregistré une cinquantaine d'arrestations dans la presse depuis le 1er janvier et l'organisation de défense des droits de l'homme Foro Penal comptabilise plus de 900 détenus politiques dans le pays.

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