Vers une hausse des taux pour les débuts de Jerome Powell à la Fed

Vers une hausse des taux pour les débuts de Jerome Powell à la Fed
Le nouveau président de la banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell à Washington le 1er mars 2018SAUL LOEB

Le nouveau président de la banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell devrait conclure sa première réunion monétaire mercredi avec une hausse des taux d'intérêt alors que l'économie des Etats-Unis est stimulée par la politique de Donald Trump.

"Il est quasi certain" que la Fed va relever d'un quart de point de pourcentage ses taux au jour le jour pour les fixer dans la fourchette de 1,50% à 1,75%, a affirmé à l'AFP Tim Duy, professeur d'économie de l'université d'Oregon, spécialiste de la Fed, reflétant l'opinion générale des marchés.

Mais les acteurs financiers auront surtout les yeux rivés sur les nouvelles projections économiques de la Fed qui devraient rehausser la prévision de croissance et peut-être même celle de l'inflation. Jerome Powell tiendra sa première conférence de presse mercredi à 18H30 GMT.

Il y a aussi des chances que les membres de la Fed remontent leur estimation moyenne du nombre de hausses de taux à venir. Celle-ci "va se diriger vers 4 hausses cette année" au lieu de trois, a encore affirmé Tim Duy.

D'autres analystes sont plus circonspects, comme Kathy Bostjancic d'Oxford Economics, et estiment que la Fed va encore attendre de voir si l'inflation se raffermit avant de signaler, peut-être au prochain rendez-vous de juin, cette accélération des tours de vis monétaires.

L'appréciation de la conjoncture semble avoir changé aux Etats-Unis depuis le départ de Janet Yellen au début de l'année.

Avec l'énorme stimulus fiscal des réductions d'impôts et le gonflement des dépenses du gouvernement (notamment militaires) à un moment où l'économie est déjà proche du plein emploi, la Fed a commencé à parler de "surchauffe".

Même si dans sa première intervention devant le Congrès, le patron de la banque centrale a évoqué le mot par défaut en disant que la Fed allait continuer d'agir graduellement sur les taux "pour éviter que l'économie ne surchauffe", l'avertissement a touché.

Devant des signes sporadiques de hausses de prix, Wall Street a entamé depuis cinq semaines une période de volatilité jamais vue depuis deux ans. Le Livre Beige de la Fed, qui reste basé sur des enquêtes empiriques et non des statistiques, "montre les signes les plus forts de hausses des rémunérations jamais vus depuis la crise", signale l'économiste respectée Diane Swonk, de la firme d'audit Grant Thornton.

Lael Brainard, gouverneure de la Fed nommée par Barack Obama, a récemment résumé la situation: "à de nombreux égards, l'environnement macro-économique actuel est le miroir inversé de ce qu'il était il y a deux ans. Auparavant, de forts vents contraires sapaient le rythme de la reprise et pesaient sur la conduite de la politique monétaire. Aujourd'hui, les vents contraires se transformant en vents porteurs, l'inverse pourrait être vrai", a-t-elle dit signifiant que les taux pourraient avoir besoin de remonter plus vite.

La politique fiscale "stimulante" de l'administration Trump, pour reprendre le mot de Jerome Powell, entend faire accélérer la croissance au-dessus de 3% (elle était à 2,5% en rythme annuel au 4T) alors qu'il est déjà difficile pour les entreprises de trouver des salariés compétents, tant le taux de chômage est bas (4,1%).

- Dopage de l'économie -

Pour certains, le dopage de l'économie via les réductions d'impôts du gouvernement (notamment sur les sociétés) relève "d'une expérimentation un peu folle", note Joseph Gagnon du Peterson Institute for International Economics.

"Cela va booster l'économie, mettre la pression sur l'inflation et nous aurons des taux d'intérêt plus hauts", résume-t-il.

"On n'a pas fait cette expérience aux Etats-Unis depuis 50 ans", du temps de Richard Nixon, "et ça s'est mal terminé", avec l'hyper-inflation et l'appel à la rescousse de la main de fer de Paul Volcker à la Fed.

L'antidote consiste en effet à renchérir le coût du crédit ce qui permet de ralentir l'économie mais est mal vécu par les consommateurs comme par les entreprises car les prêts coûtent plus chers.

Au stimulus de l'administration, s'ajoutent la guerre commerciale et les taxes sur l'acier importé qui ont suscité moult critiques du monde des affaires et des pays étrangers. A ce stade, personne n'est sûr de l'impact de telles mesures, qu'elles ralentissent l'activité en créant de l'incertitude chez les entreprises ou qu'elles créent de l'inflation.

"Pour l'instant, rien n'est sûr à propos de cette guerre commerciale et la Fed devrait être hésitante à pointer du doigt" ces taxes protectionnistes dans son communiqué, affirme Tim Duy. "Je doute que les membres du Comité monétaire veuillent nécessairement être vus comme s'opposant au gouvernement car ils préfèreraient aussi que l'administration ne mette pas son nez" dans la conduite de la politique monétaire, relève-t-il.

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