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Vol ou don? Des "gilets jaunes" jugés pour avoir emporté un "souvenir" du Fouquet's

Vol ou don? Des
Le Fouquet's, saccagé lors d'une manifestation de "gilets jaunes", sur les Champs-Elysées à Paris le 16 mars 2019Zakaria ABDELKAFI

Cinq fourchettes et un pouf, voilà les objets du délit. Un couple, qui affirme les avoir récupérés avec l'accord d'un vigile du Fouquet's, saccagé en mars lors d'une manifestation de "gilets jaunes" sur les Champs-Élysées, était jugé vendredi pour vol.

Ce 16 mars, Ambre et Franck, une aide-soignante de 30 ans et un agent SNCF de 43 ans, sont venus de Tours pour manifester à Paris pour l'"acte 18", marqué par d'importantes dégradations et violences sur les Champs-Élysées.

"Quand ça a chauffé un peu trop, on est parti", explique la jeune femme au casier judiciaire vierge. Puis, ils reviennent "une trentaine de minutes" plus tard. Le Fouquet's est déjà mis à sac et incendié.

"C'est un endroit qui représente la fortune. On sait que des présidents y sont allés. Des gens nous ont dit qu'il était cassé alors on a suivi", dit-elle pour justifier sa présence.

A son arrivée, elle sort son téléphone et prend plusieurs vidéos, longuement visionnées à l'audience.

L'ambiance est bon enfant, presque euphorique. Ambre lance, amusée: "On est au Fouquet's! On pourra dire qu'on a mis les pieds dedans!". Autour d'elle, le mobilier est sens dessus-dessous. Des bris de verres parsèment l'épaisse moquette rouge. Une manifestante rassure un vigile: "Ce n'est pas nous qui avons cassé".

Les images montrent la jeune femme déambuler dans le capharnaüm et se baisser pour ramasser plusieurs fourchettes. Un peu plus tard, on la voit transporter un pouf récupéré près de l'établissement et le poser sur le trottoir: "Voici mon souvenir du Fouquet's, trop contente, en bon état!".

De retour à leur domicile, en Indre-et-Loire, le couple poste sur Facebook le soir-même des images de leur butin - d'une valeur d'environ 200 euros - amassé lors de cette "belle journée".

C'est une dénonciation anonyme qui conduira à leur interpellation quelques jours plus tard.

- "C'est pas Le Bon Coin" -

Comme en garde-à-vue, les prévenus ont affirmé à l'audience s'être servis avec l'accord de l'un des agents de sécurité du restaurant présents sur place.

"Un vigile nous a dit: +allez-y, servez-vous, de toute façon ça va partir à la benne+", a affirmé Franck. Des mots que l'on n'entend pas dans les vidéos diffusées par le tribunal.

Néanmoins, dans un extrait, un membre du personnel apparaît en train de tendre à des "gilets jaunes" un petit seau à glaçons rempli de couverts. L'une des manifestantes lui dit "merci" après avoir reçu un objet de sa part.

"Je n'ai jamais vu un voleur remercier sa victime", a ironisé Martin Méchin, l'un des avocats du couple.

"On aimerait avoir une cuillère, on peut en avoir une ?", demande une femme à un autre moment. "C'est pas marqué Le Bon Coin!", refuse l'employé, dans un sourire.

Devant les policiers, le vigile a contesté avoir autorisé les manifestants à se servir. "Il a aussi dit qu'il est possible qu'une autorisation a été donnée mais pas par lui", a corrigé Arié Alimi, l'autre avocat du couple, qui a plaidé la relaxe.

Son démenti par la suite, "c'est parce qu'il craint de se faire licencier", a-t-il ajouté, appelant à ne pas faire de ses clients des "bouc-émissaires" du saccage du Fouquet's.

"Quand bien même il aurait donné son autorisation, il n'est pas propriétaire des objets, et cela ne justifie en aucun cas leur appropriation", a souligné la procureure, requérant quatre mois de prison avec sursis et 70 heures de travail d'intérêt général.

"Même s'il est de faible valeur, un vol reste un vol", a-t-elle ajouté.

L'avocat du Fouquet's, qui s'est constitué partie civile, a dénoncé "le sentiment d'impunité" des prévenus "pour ce que représente, à tort ou à raison" cet établissement qui "est aussi un lieu de travail avec 330 collaborateurs".

Il a demandé "un euro symbolique" de dommages et intérêts au couple, les assurances ayant déjà indemnisé le groupe Barrière, propriétaire du restaurant. La brasserie avait rouvert ses portes le 14 juillet après quatre mois de réfection.

Jugement le 4 décembre.

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