En ce moment
 
 

"Bloody Sunday": la justice examine le 1er cas d'un para britannique accusé de meurtres

Des documents exposés au musée "Free Derry" à Londonderry, en Irlande du Nord, le 11 juin 2010PETER MUHLY

A découvrir

Un tribunal nord-irlandais a pour la première fois examiné mercredi le cas d'un ancien parachutiste britannique accusé de meurtres lors du "Bloody Sunday" en 1972, le seul inculpé à ce jour à la suite d'un des plus tragiques épisodes des "Troubles" en Irlande du Nord.

Le soldat incriminé n'a pas assisté à l'audience préliminaire à Londonderry -- il n'y était pas obligé -- et l'affaire a été ajournée jusqu'au 4 décembre. Son avocat a en effet l'intention de contester le fait que son client soit traduit en justice.

Des familles des victimes, rassemblées devant le tribunal, ont néanmoins salué un "jour historique" près de cinquante ans après la tuerie (14 morts, tous civils).

Inculpé en mars, le vétéran parachutiste, présenté seulement comme le "soldat F", est accusé d'avoir assassiné deux catholiques, James Wray and William McKinney, et tenté d'en tuer quatre autres.

"F" est le seul soldat de la Couronne à avoir été poursuivi à la suite du massacre survenu le 30 janvier 1972 dans le fief catholique républicain du Bogside à Londonderry.

- "Sunday Bloody Sunday" -

Ce jour-là, 13 manifestants avaient été tués lorsqu'un régiment de parachutistes britanniques avait ouvert le feu sur la foule lors d'une marche contre les internements arbitraires et pour l'égalité des droits civiques entre catholiques et protestants, dans un climat de violences et de tensions intercommunautaires. Un quatorzième civil est décédé cinq mois plus tard.

Le "Bloody Sunday" est une date emblématique du conflit nord-irlandais qui a opposé pendant 30 ans républicains catholiques, partisans de la réunification de l'Irlande, aux unionistes protestants, attachés au maintien de la province dans la Couronne britannique. Il a fait quelque 3.500 morts et a pris fin avec les accords de paix du Vendredi Saint en 1998.

Le massacre du Bogside a profondément traumatisé la minorité catholique, poussant alors nombre de jeunes à rejoindre l'Armée républicaine irlandaise (IRA). Il a été immortalisé par le tube du groupe de rock irlandais U2 "Sunday Bloody Sunday" (1983).

En 2010, une enquête publique avait révélé que les troupes britanniques avaient tiré en premier et avaient fait un compte-rendu trompeur des faits. Le Premier ministre britannique, David Cameron, avait alors présenté des excuses officielles, qualifiant les événements du 30 janvier 1972 d'"injustifiés et injustifiables".

- Colère des victimes -

Après une longue campagne de familles de victimes demandant justice, des procureurs nord-irlandais ont examiné les cas de dix-sept anciens soldats britanniques. Ils ont décidé de ne poursuivre que l'un d'entre eux, considérant qu'il existait "suffisamment de preuves disponibles" pour l'inculper, mais estimant que ce n'était pas le cas dans les autres dossiers.

Cette décision avait déclenché la colère des proches des victimes. Pour eux, l'affaire ne s'arrête pas là. "La campagne est toujours en cours", a affirmé le mois dernier à l'AFP John Kelly, dont le frère de 17 ans a été tué lors du Bloody Sunday. "Ce que les gens veulent c'est la vérité et la justice".

De son côté, une organisation de défense d'anciens soldats britannique, Justice for Northern Ireland Veterans, a dénoncé la décision judiciaire.

"Aucun soldat ne devrait être inculpé. C'est arrivé il y a 47 ans, il faut savoir tirer un trait et aller de l'avant", avait plaidé son fondateur, Alan Barry.

Le ministre de la Défense de l'époque, Gavin Williamson, avait affirmé que le "soldat F" bénéficierait du soutien du gouvernement britannique, qui prendrait en charge ses frais de justice.

"Nous sommes redevables aux soldats qui ont servi avec courage et distinction pour ramener la paix en Irlande du Nord", avait encore estimé M. Williamson.

Londres a aussi annoncé que les anciens soldats coupables de crimes commis lors des "Troubles" pourraient bénéficier d'une libération anticipée, dans le cadre de l'accord du Vendredi saint de 1998.

Cet accord de paix a permis à quelque 500 paramilitaires républicains et loyalistes de sortir de prison après avoir purgé de courtes peines.

Si l'IRA a annoncé en 2005 avoir définitivement déposé les armes, des tensions demeurent dans la région.

En avril, une journaliste de 29 ans, Lyra McKee, qui couvrait des affrontements à Londonderry, avait été tuée par balle, un drame pour lequel la Nouvelle IRA, groupe républicain dissident luttant pour la réunification de l'Irlande, avait admis sa responsabilité.

Vos commentaires