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"C'est le flou complet": à trois semaines du Brexit, l'inquiétude de patrons des Hauts-de-France

Un agent des douanes au terminal de ferry du port de Calais lors d'une journée test en vue du Brexit, le 24 septembre 2019DENIS CHARLET
BREXIT

Enjeux douaniers, impact sur le chiffre d'affaires, perte de clients ou de fournisseurs britanniques... A l'approche du Brexit, de nombreux chefs d'entreprises des Hauts-de-France restent inquiets face à la perspective, de plus en plus probable, d'un "No deal".

"Pour nous, la contrainte, c'est le passage des douanes. Cela fait peser une forte incertitude sur les délais de livraison et les frais de transport", affirme Bénédicte Paladini, de la société Palchem basée à Angres (Pas-de-Calais), qui exporte notamment des produits chimiques en Angleterre.

Lors d'une conférence à la Chambre de commerce et d'industrie de Lille réunissant mardi soir quelque 180 patrons de la région, Géraldine Primazot, responsable sécurité produits chez Weylchem (produits chimiques), exprime la même préoccupation. "C'est ce qui nous pose le plus de questions, car on ne peut pas anticiper l'impact des retards et des délais", confie-t-elle à l'AFP.

D'autant que "le Royaume-Uni deviendra un pays tiers et va mettre en place un tarif douanier propre. Est-ce qu'il nous permettra de rester compétitifs par rapport à nos concurrents?"

Pour l'heure, "c'est le flou complet". "Au niveau logistique, on nous dit qu'il suffira de (signer) des formalités. Je n'y crois pas trop", lâche-t-elle.

Avec quelque 150 établissements et 9.000 salariés, le Royaume-Uni représente le 4e pays investisseur dans la région et le troisième pays client des exportations régionales.

Alors que les négociations entre Londres et Bruxelles semblent au bord de la rupture, à trois semaines de la date-butoir du 31 octobre, les autorités assurent avoir tout fait pour se préparer à une sortie sans accord et accompagner les entreprises. "On s'est vite aperçus qu'il fallait se préparer à un No deal. Mais de l'autre côté, ce n'est pas aussi simple que ça. Nous ne sommes pas encore sortis du +fog+ britannique", rappelle le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

"Si des entreprises sont pénalisées, il ne va pas falloir attendre un, deux ou trois mois pour se rendre compte qu'elles ont besoin d'être soutenues", affirmait-il encore récemment sur France 3, appelant l'Etat à rester vigilant.

- Tourisme vers l'Angleterre en berne -

D'après une étude de la Banque de France, une entreprise sur cinq dans la région se dit concernée par le Brexit, essentiellement dans le secteur industriel (agro-alimentaire, chimie, cosmétique, pharmaceutique...).

"Ce qui les inquiète, c'est d'abord une baisse du chiffre d'affaires au Royaume-Uni car la Bank of England prévoit une baisse de croissance en cas de Brexit dur, donc des clients qui consommeront moins", explique à l'AFP Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale de la Banque de France.

Mais "avant même le Brexit, ces inquiétudes ont déjà un impact réel sur le commerce international et la croissance du fait qu'aujourd'hui, au Royaume-Uni, beaucoup ont limité leurs investissements car ils ne savent pas ce qu'il va se passer. Or les investissements sont généralement très riches en importations", dit-elle.

Pour Thibault Vayron, directeur d'exploitation de l'association de transport de voyageurs "Robin des Bus", "le tourisme va être touché". "D'après les compagnies de ferries, en 2021, il faudra un passeport pour se rendre en Grande-Bretagne. Pour le tourisme scolaire, ça va être catastrophique", prédit-il.

Il n'a enregistré aucune réservation pour l'Angleterre en 2020. "Il n'y a plus rien. Signe qui ne trompe pas, même les ferries ne sont remplis qu'à moitié", relève-t-il.

Tandis que les autorités appellent à ne pas céder à l'alarmisme, il veut rester optimiste. "Pour nous, c'est la destination qui va changer. On ira davantage en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Espagne."

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