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"Choc", "folie" et espoir: les commerces d'une rue de Londres face à la pandémie

 

England's Lane est l'une de ces ruelles de carte postale à Londres, avec ses boutiques pimpantes, à quelques pas du parc de Primrose Hill. Mais derrière les façades colorées, les commerces ont connu des heures noires - et des fortunes diverses - face à la pandémie.

Sur deux pâtés de maison, on croise des vitrines éteintes et rideaux de fer baissés, comme ceux de magasins de décoration, de spas ou du pub "Le Washington".

Mais entre deux verrous cadenassés s'étalent aussi des files d'attentes, beaucoup de londoniens ayant redécouvert les petites échoppes de leur quartier pendant qu'il devenait difficile de faire ses courses dans les grandes enseignes de supermarchés, entre interminables files d'attentes et pénuries de certains produits.

Le discret marchand de journaux et de papeterie a bénéficié d'un afflux de nouveaux clients forcés de travailler de chez eux et d'occuper leurs enfants privés d'école.

Quant au magasin de vélo Impressed, il peine à répondre à la demande. "C'est de la folie. Tout le monde se met au vélo" moyen de transport distancié, bon marché et écolo, dit à l'AFP le co-propriétaire Michael Falkowski sans lever les yeux du dérailleur qu'il répare.

La boulangerie Grain s'est transformée en mini-épicerie. Normalement elle faisait aussi café mais a enlevé les tables et limité l'accès à deux clients à la fois, et ajouté des étagères d'aliments et produits de première nécessité variés.

Kristin Labrague, la directrice, a mis deux cuisiniers en chômage partiel mais gardé une vendeuse, admettant que c'est toutefois "un peu angoissant pour nous de venir en transports en commun", mais expliquant qu'elle et la propriétaire ont décidé de rester ouverts pour "nourrir la communauté".

Juste en face, le café restaurant Chamomile a fait le choix de fermer, estimant que c'était le seul possible: "notre décision s'est fondée sur l'impératif de protéger nos employés, nos clients et le NHS", le service de santé public britannique, explique Irit Reed, co-propriétaire avec son mari David.

Le restaurant à la façade bleue pâle, où l'on doit d'ordinaire patiemment attendre une table pour le brunch, a posté sur sa façade un appel aux fonds pour l'aider à survivre.

"Comme beaucoup d'autres PME, nous avons souffert durement. Si quiconque peut donner pour nous aider nous et notre équipe à passer cette période difficile nous serons éternellement reconnaissants", écrivent Irit et David Reed avec le lien vers leur cagnotte.

- Manque de contrôle -

"Nous avons travaillé dur toute notre vie et tout d'un coup devoir s'arrêter a été un choc", explique Irit à l'AFP.

Sur le seul mois de mars, qui n'inclut qu'une semaine du confinement démarré le 23 mars au Royaume-Uni, le Bureau national des statistiques (ONS) évalue le plongeon du PIB à 5,8%, un record historique. La Banque d'Angleterre anticipe la pire récession depuis au moins un siècle, voire plusieurs.

Les ventes de détail ont enregistré une chute record de plus de 18% en avril. La restauration, les magasins de vêtements, les concessionnaires automobiles sont parmi les plus touchés.

Ces derniers accueilleront de nouveau des clients dès ce lundi et le gouvernement de Boris Johnson a prévu la réouverture de tous les petits commerces d'ici deux semaines sauf restaurants, pubs, bars, clubs de gym et coiffeurs qui devront attendre au moins juillet, d'autant que beaucoup au Royaume-Uni, deuxième pays le plus endeuillé au monde par la pandémie, estime que cette réouverture de l'économie est prématurée et pourrait faire rebondir les infections.

Pour Irit et son mari, le plus dur à présent est l'absence totale de contrôle sur leur entreprise. "Le café va rouvrir", mais elle ne sait pas comment car les réglementations sont encore inconnues: combien d'espace faudra-t-il laisser entre les tables? Combien de tables pourra-t-elle garder? Et donc combien d'employés?

Le salon de coiffure Visage, également tenu par un couple, connaît les mêmes affres. "Nous avons reçu un financement du gouvernement et un report d'impôts, et bénéficié des aides" gouvernementales au maintien de l'emploi, raconte la co-propriétaire Estella Cicek.

"Sans ça je ne sais pas ce qu'on aurait fait", admet-elle. Elle s'attend à des mois "difficiles" mais le soutien fervent de clients soudain en manque de leur brushings, couleurs, coupes et soins divers l'a rassurée: "la demande est là".

 

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