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"Gloire à l'Ukraine !": les Ukrainiens célèbrent l'indépendance de leur Eglise

Le Patriarche orthodoxe Filaret lors d'une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre 2018.Genya SAVILOV
Russie

"Gloire à l'Ukraine ! Gloire à Jésus !" : sur les réseaux sociaux ou devant une cathédrale à Kiev, des Ukrainiens célébraient jeudi la décision du Patriarcat de Constantinople de reconnaître en Ukraine une Eglise orthodoxe indépendante de Moscou.

Un quart d'heure à peine après l'annonce du Patriarcat de Constantinople, basé à Istanbul, de reconnaître l'autocéphalie de l'Eglise ukrainienne et rétablir dans sa fonction le Patriarche orthodoxe Filaret, excommunié par Moscou, ce dernier donnait déjà une conférence de presse.

Réunis derrière l'imposante cathédrale du XIXe siècle Saint-Volodymyr, aux coupoles bleu frappées d'étoiles dorées, des dizaines de journalistes ont été rejoints par des fidèles et simples passants, qui suivaient attentivement ses propos ou le photographiaient.

Alors que le Patriarcat de Moscou a d'ores et déjà qualifié cette décision de "catastrophe" et de "schisme", Mgr Filaret, âgé de 89 ans, annonçait la convocation "prochainement" d'un synode visant à réunir les principales confessions orthodoxes existant actuellement dans cette ex-république soviétique.

"C'est Moscou qui veut une confrontation. Nous, les Ukrainiens, n'en voulons pas", a-t-il assuré, sous les applaudissements.

"Gloire à l'Ukraine!" lance un homme. "Gloire aux héros!" répond la foule. "Gloire à Jésus! Gloire à l'Eglise ukrainienne", enchaînent d'autres.

"Nous y sommes prêts, nous avons prié pour cela et nous attendons qu'il y ait enfin une vraie Eglise ukrainienne, avec des prières en ukrainien", a déclaré à l'AFP Lioudmyla Kosnour, une fidèle favorable à l'autocéphalie, après avoir écouté Mgr Filaret.

"Nous sommes inspirés et un peu inquiets dans l'attente de la fin de cette procédure", poursuit cette blonde d'un quarantaine d'années. "C'est la décision juste que nous attendions".

- "Grande fête" -

Artiom, un fidèle de 27 ans, est également satisfait. "Il ne doit plus y avoir de contrôle" religieux de Moscou sur l'Ukraine, estime le jeune homme en sortant de la cathédrale.

Sur les réseaux sociaux, c'est l'euphorie. "Même si je suis catholique, je me réjouis de tout mon coeur! C'est une grande fête pour notre peuple" se félicite sur Facebook Oxana Pioura.

"C'est un moment que célèbrent même ceux qui n'appartiennent à aucune paroisse!" renchérit Svitlana Bovkoun.

Les orthodoxes en Ukraine sont divisés: une partie appartient à l'Eglise rattachée au Patriarcat de Moscou et une autre est fidèle au Patriarcat de Kiev, autoproclamé en 1992, un an après l'indépendance du pays, et qui n'était jusqu'à présent reconnu par aucune Eglise orthodoxe dans le monde.

L'Eglise dépendante du Patriarcat de Moscou est la plus importante communauté religieuse par le nombre des paroisses, mais selon les sondages, près de 40% des Ukrainiens s'identifient comme fidèles du Patriarcat de Kiev contre environ 20% pour celui de Moscou.

Certains prêtres de l'Eglise dépendante du Patriarcat de Moscou ont partagé la joie des partisans de l'autocéphalie, contrairement à la position de leur hiérarchie.

Parmi ceux-ci, Andriy Doudchenko, un prêtre à Kiev qui salue sur Facebook "une décision historique" et "félicite les frères" des Eglises orthodoxes dissidentes.

"C'est une question très douloureuse", commente pour sa part sur Facebook Olga Tounska, dont le conjoint est prêtre orthodoxe rattaché au Patriarcat de Moscou. "J'ai un très mauvais pressentiment pour la suite" après cette décision, ajoute-elle.

Avant l'annonce de la décision, Moscou avait averti que des troubles pourraient se produire en Ukraine en cas d'autocéphalie, certains prêtres de paroisses fidèles à Moscou ayant appelé leurs fidèles à se mobiliser pour défendre leurs églises.

Le métropolite de Potchaïv, dans l'ouest de l'Ukraine, avait ainsi appelé ses paroissiens, dans un communiqué diffusé sur internet, à "se tenir prêt à défendre" le monastère.

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