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25 morts sur la place Maïdan à Kiev: point de non-retour en Ukraine ?

 
 

L’Ukraine au bord de la guerre civile. Vingt-cinq personnes sont mortes dans les violents affrontements entre manifestants et policiers, cette nuit sur la place Maïdan à Kiev. Pour empêcher l’assaut final de la policeLes, les manifestants anti-gouvernement avaient érigé un mur de flammes. Le président Ianoukovitch doit s’exprimer au cours des prochaines heures.

Au moins seize personnes, civils et policiers, ont été tués mardi au cours des violences à Kiev, selon un dernier bilan disponible. Le président ukrainien Ianoukovitch a par ailleurs fait savoir à l'opposant Vitali Klitschko qu'il refusait d'arrêter l'assaut et a réitéré au leader des manifestants sa demande d'évacuer le Maïdan. Quatre manifestants ont été tués au cours de l'assaut donné mardi soir par les forces de l'ordre contre le Maïdan, haut lieu de la contestation dans le centre de Kiev occupé depuis près de trois mois. "Quatre manifestants ont été tués lors du ratissage du Maïdan", a déclaré Sviatoslav Khanenko, responsable des services médicaux de l'opposition. Le précédent bilan officiel, publié avant l'assaut, faisait état de cinq civils et sept policiers tués depuis mardi matin. Deux corps autres ont été par ailleurs retrouvés dans la zone des affrontements, la police assurant qu'ils ne comportaient de traces de mort violente. A Lviv, un bastion de l'opposition dans l'ouest du pays, les manifestants ont pris d'assaut le siège de l'administration et de la police. Ils auraient également mis la main sur des armes de l'armée dans une unité militaire.

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Un rideau de flammes créé avec des cartons, panneaux de bois et tentes

Les manifestants rassemblés sur la place du Maïdan à Kiev, occupée depuis près de trois mois, avaient dressé mardi soir un mur de feu pour se protéger des policiers qui avaient commencé à les déloger. Cartons, panneaux de bois, tentes: un rideau de flammes tenait provisoirement les policiers à distance, ralentissant leur progression sur le Maïdan, la place de l'Indépendance, symbole de la contestation.

En face: les canons à eau, grenades lacrymogènes et assourdissantes des Berkout

En face, précédés de trois véhicules blindés, plusieurs centaines de Berkout, les membres redoutés des forces antiémeute, progressaient très lentement et le long de plusieurs axes, utilisant canons à eau, grenades lacrymogènes et assourdissantes, pour faire reculer les manifestants, qui ripostaient à l'aide de pavés et de cocktails Molotov, et ont mis le feu à un blindé. Equipés de porte-voix, les policiers avaient auparavant demandé aux femmes et aux enfants de quitter les lieux, évoquant le déclenchement d'une "opération antiterroriste".

"On ne partira pas d'ici, c'est un îlot de liberté"

Sur la place, plusieurs milliers de contestataires refusaient de bouger et entonnaient l'hymne national ukrainien. "On ne partira pas d'ici, c'est un îlot de liberté", a promis à la foule l'un des leaders de l'opposition, Vitali Klitschko. "Le pouvoir a déclenché une guerre contre son propre peuple", a asséné l'ancien champion de boxe, qui s'est ensuite rendu à la présidence pour rencontrer Viktor Ianoukovitch. La rencontre n'a abouti à rien.

Le président décrète une journée de deuil national

Après celle-ci, dans son adresse à la Nation diffusée en pleine nuit, le président Ianoukovitch a accusé l'opposition d'avoir "franchi les limites" en appelant selon lui à une "lutte armée" pour prendre le pouvoir. "Ces soi-disant hommes politiques ont tenté de prendre le pouvoir en violant la Constitution par la violence et les meurtres", a-t-il lancé. Il a assuré que les coupables "comparaîtraient devant la justice". Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a décrété une journée de deuil national pour jeudi. Les drapeaux devront être mis en berne sur les bâtiments officiels, tandis que concerts et compétitions sportives devront être annulées, selon un décret publié mercredi sur le site de la présidence.

"Un prix inacceptable pour des erreurs politiques"

Même des soutiens traditionnels du régime, comme l'oligarque Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et le principal parraineur du parti de M. Ianoukovitch, ont critiqué les événements en cours. "Les victimes humaines du côté des manifestants et des forces de l'ordre sont un prix inacceptable pour des erreurs politiques", a déclaré M. Akhmetov dans un communiqué, appelant à "cesser l'effusion de sang".

Les affrontements les plus meurtriers depuis le début de la contestation

L'assaut a eu lieu dans la soirée, après une journée d'affrontements, les plus meurtriers depuis le début de la contestation, qui ont fait au moins seize morts mardi, civils et policiers, "tués par balle", selon le ministère de l'Intérieur. L'un des civils tués est un employé du Parti des régions du président Ianoukovitch, dont le corps a été retrouvé au siège de cette formation politique, pris d'assaut et brièvement contrôlé par les contestataires, qui l'ont partiellement incendié. Les corps de deux autres personnes ont été découverts dans la zone des affrontements, mais la police a affirmé que leur mort n'était pas liée aux violences. Par ailleurs, au moins 150 manifestants ont été blessés, dont 30 grièvement - l'un ayant eu la main arrachée en ramassant une grenade assourdissante -, selon Oleg Moussiï, chef du service médical de l'opposition. Et 159 policiers ont été hospitalisés, dont 35 dans un état grave, a-t-on appris de source officielle. A Lviv, un bastion de la contestation dans l'ouest, les manifestants ont pris d'assaut les sièges de l'administration régionale et de la police.

À l'origine: l'Ukraine qui décline in-extremis un accord avec l'UE, sous l'influence de la Russie

Le mouvement de protestation, né en novembre de la volte-face du pouvoir qui a préféré un rapprochement avec la Russie plutôt qu'un accord avec l'UE, s'est rapidement transformé en un rejet pur et simple du régime. Le procureur général Viktor Pchonka a promis mardi soir "les peines les plus sévères" pour les responsables et les instigateurs des violences. Le pouvoir a aussi imposé une sorte d'état d'urgence qui ne dit pas son nom : le métro de Kiev a été fermé et les autorités ont annoncé que le trafic routier en direction de la capitale serait "limité" à partir de minuit, afin d'éviter "l'escalade des violences". Quant à la chaîne de télévision d'opposition Kanal 5, qui diffusait en direct les évènement sur le Maïdan, sa direction a indiqué qu'elle n'était plus reçue en Ukraine et ne pouvait plus émettre que sur internet.

Les affrontements sont survenus après plusieurs semaines d'accalmie, à l'occasion d'un défilé en direction du parlement, qui a dégénéré en affrontement avec les forces de l'ordre postées devant les accès au quartier gouvernemental. De précédents heurts fin janvier avaient fait quatre morts et plus de 500 blessés.

La Russie a aussitôt condamné ce regain de violences, qu'elle a attribué à la politique des Occidentaux, qui "ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine". De son côté, Washington s'est dit "consterné" et a appelé le président Ianoukovitch à "mettre fin aux affrontements" et à renouer le dialogue avec l'opposition, tout comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, "extrêmement inquiet". Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a brandi la menace de "sanctions" de l'Union européenne contre des dirigeants ukrainiens.

L'opposition à Kiev accuse le pouvoir de céder aux pressions de la Russie, qui a octroyé en décembre à l'Ukraine, au bord du défaut de paiement, un crédit de 15 milliards de dollars, dont trois milliards ont déjà été versés, et un important rabais sur le prix du gaz. Mais l'opposition s'impatiente, les négociations avec le pouvoir étant au point mort, qu'il s'agisse d'une réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs du président ou de la formation d'un nouveau gouvernement. 

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