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A Belfast, une Marche des Fiertés portée par la promesse du mariage pour tous

Mariage

Des milliers de soutiens de la communauté LGBT nord-irlandaise ont investi samedi les rues de Belfast pour une Marche des Fiertés portée par la promesse que le mariage de même sexe sera bientôt légalisé en Irlande du Nord, seule région du Royaume-Uni où il est encore interdit.

Le défilé coloré était rythmé par le tube disco "It's Raining Men" ("Il pleut des hommes"), en clin d’œil à la météo capricieuse.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar était présent près de la tête du cortège, qui comptait aussi bien des familles que des personnes déguisées.

Des membres du clergé étaient aussi de la fête : l'un d'entre eux offrait l'eucharistie sur les marches de la cathédrale protestante de Sainte-Anne sous une pancarte clamant "L'Eglise soutient le mariage pour tous". Un autre défilait avec une pancarte disant "Nous sommes désolés pour la manière dont l'Eglise a traité les membres de la communauté LGBT".

Les organisateurs espéraient dépasser l'affluence de 55.000 participants atteinte l'an dernier, alors que les députés britanniques du Parlement de Westminster, à Londres, ont signifié leur volonté de faire changer les choses : ils ont voté en juillet des amendements en faveur du mariage pour tous, et aussi de l'avortement, en Irlande du Nord.

- 21 octobre -

Pour la première fois dans son histoire, l'hôtel de ville s'est paré du drapeau arc-en-ciel pour marquer le lancement des festivités.

Le maire de Belfast, John Finucane, a estimé sur Twitter que ce serait "le festival de la Fierté le plus grand, le plus ambitieux et le plus passionnant vu jusqu'à présent, avec le message clair de #RightsNow", un hashtag-jeu de mots, en anglais, pour demander l'instauration immédiate de nouveaux droits.

En temps normal, c'est au parlement nord-irlandais qu'il revient de légiférer sur ces questions. Mais la province n'a plus de pouvoir exécutif local depuis janvier 2017, et ses affaires courantes sont, en attendant, gérées par Londres.

Ces votes n'auront toutefois d'effet que si aucun gouvernement local n'est formé d'ici le 21 octobre en Irlande du Nord.

"Tout le monde doit avoir les mêmes droits, alors espérons que ça va passer", a commenté une participante à la marche, Mary Francis White, une travailleuse sociale de 53 ans dont le fils est un conseiller municipal ouvertement gay de Belfast. "Et si ça passe, il y aura pour sûr une énorme fête".

Patrick Corrigan, directeur d'Amnesty International pour l'Irlande du Nord, a qualifié le changement politique de "grand pas en avant pour les droits humains". "Nous sommes maintenant sur le point de voir cette loi promulguée et de faire respecter nos droits", a-t-il déclaré.

Pour Sean O Neill, président de la Marche des Fiertés de Belfast, la lutte continue. "Cette année, la Marche des Fiertés de Belfast aura pour objectif de mettre en lumière les droits qui ne sont encore refusés en tant que communauté: droits aux soins pour personnes trans, droits de reconnaissance du genre, droits de fertilité, droits de reproduction, l'égalité du mariage", a-t-il déclaré.

- Pression sur Londres -

Selon les sondages, la population nord-irlandaise soutient la libéralisation de l'avortement et le mariage entre personnes du même sexe. Mais il a fallu une cascade d'événements fortement médiatisés sur l'île irlandaise, qui regroupe la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, pour que les députés de Westminster agissent.

En mai 2018, la République d'Irlande a organisé un référendum sur l'abrogation de l'interdiction de l'avortement, qui a récolté 66% de voix favorables.

En Irlande du Nord, l'affaire d'une mère faisant l'objet de poursuites pour avoir supposément acheté sur Internet des pilules pour avorter à sa fille de 15 ans a suscité un grand intérêt médiatique.

En avril dernier, la journaliste homosexuelle Lyra Mckee a été tuée à Londonderry, à la frontière irlandaise, victime de balles perdues du groupe dissident la Nouvelle IRA lors d'affrontements avec la police.

Même si sa mort n'avait pas de lien apparent avec son homosexualité, la jeune femme décédée à 29 ans est depuis devenue une icône de la lutte pour le mariage pour tous.

Son meurtre a ainsi fait peser une énorme pression sur les élus londoniens après que sa compagne, Sara Canning eut demandé à Theresa May, alors Première ministre, d'intervenir.

"Je crois que la force de son histoire personnelle et l'amour entre Sara (sa compagne, ndlr) et elle ont fait comprendre à beaucoup de gens de quoi il s'agissait dans ce débat", a dit à l'AFP Fergal McFerran, proche de la défunte et militante au sein de Stonewall, une organisation de défense des droits des personnes LGBT.

Si la loi entre en vigueur en octobre, les premiers mariages entre personnes du même sexe devraient avoir lieu en janvier 2020.

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