Brexit : May plaide à Berlin et Paris pour un report, Tusk se montre ouvert

A Berlin puis à Paris, la Première ministre britannique Theresa May a plaidé mardi pour obtenir de ses partenaires européens un nouveau report du Brexit, lors d'un sommet extraordinaire de l'UE mercredi à Bruxelles.

Le président du Conseil européen Donald Tusk s'est déjà montré ouvert à cette requête, en plaidant mardi soir auprès des 27 pour un report "flexible" pouvant aller jusqu'à un an "maximum", afin d'éviter le risque d'un divorce sans accord.

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé de son côté qu'une extension du délai "jusque début 2020" était "possible".

Initialement prévu le 29 mars, le Brexit a déjà été repoussé au vendredi 12 avril. Mais faute d'avoir pu faire adopter par les députés britanniques l'accord de divorce qu'elle a négocié avec Bruxelles, Mme May veut réclamer un second ajournement du Brexit, jusqu'au 30 juin.

La réponse est attendue mercredi lors d'un sommet européen crucial où Mme May exposera son plan aux 27, qui devront donner leur aval unanime à tout report. L'enjeu est d'éviter vendredi une sortie brutale du Royaume-Uni, un "no deal" aux conséquences économiques potentiellement dévastatrices.

- Réunion de coordination -

Dans une lettre aux 27 publiée mardi soir, Donald Tusk a évoqué le risque d'un "no-deal accidentel" si l'UE ne laissait pas davantage de temps aux Britanniques.

"C'est pourquoi je pense que nous devrions également discuter d'une extension alternative et plus longue", au-delà de fin juin, a-t-il souligné.

"Une possibilité serait une prolongation flexible, qui ne durerait que le temps nécessaire et pas plus d'un an, car au-delà de cette date, nous devrons décider à l'unanimité de certains projets européens clés", a-t-il argumenté, dans une allusion à l'élaboration du budget de l'UE pour la période 2021-2027.

La durée d'un report "dépend" du plan qu'exposera mercredi Theresa May aux 27, a expliqué mardi le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier à l'issue d'une réunion avec des ministres européens pour préparer le sommet de mercredi. "Le +no deal+ ne sera jamais la décision de l'UE, ce sera toujours la responsabilité du Royaume-Uni de nous dire ce qu'il veut", a-t-il prévenu.

Le sommet de Bruxelles sera précédé par une "réunion de coordination" à l'initiative de la Belgique qui réunira la demi-douzaine de pays qui seraient les plus "directement affectés" par une sortie brutale du Royaume-Uni.

Y participera notamment le président français Emmanuel Macron, qui a reçu Theresa May mardi en fin de journée à Paris pour défendre une position plus intransigeante que celle de Mme Merkel.

Selon l'Elysée, un nouveau délai d'un an "paraît trop long". Paris "n'est pas fermé à construire une autre solution" que celle du "no deal", mais "avec certaines limites et pas à tout prix", a ajouté la présidence française.

- Main tendue au Labour -

Emmanuel Macron n'a fait aucune déclaration après son entretien d'un peu plus d'une heure avec Theresa May.

Les dirigeants européens avaient refusé en mars d'accorder aux Britanniques un sursis jusqu'au 30 juin, en raison de la tenue des élections européennes du 23 au 26 mai.

Le gouvernement britannique a annoncé à contrecœur lundi soir qu'il lançait l'organisation de ce scrutin, après avoir tenté d'éviter d'y participer, près de trois ans après le référendum de juin 2016 qui a décidé la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Londres espère cependant toujours quitter l'UE avec un accord avant le 22 mai, ce qui lui permettrait d'annuler ces élections.

Les discussions avec l'opposition travailliste pour tenter de sortir de l'impasse sur le Brexit reprendront après le sommet européen de mercredi, a annoncé mardi le gouvernement britannique, signifiant qu'elles n'ont toujours pas abouti.

Cette main tendue au Labour a suscité la fureur des conservateurs eurosceptiques, qui craignent que le gouvernement ne s'oriente vers une union douanière avec l'UE. Prônée par le Labour, elle empêcherait Londres de mener une politique commerciale indépendante après le Brexit.

Ces discussions n'ont pour l'instant pas abouti, le chef du Labour, Jeremy Corbyn, reprochant au gouvernement de refuser de "modifier ses lignes rouges".

Pour éviter un "no deal", scénario redouté des milieux économiques, la Chambre des Lords, chambre haute du Parlement, a entériné lundi soir un projet de loi des députés visant à obliger légalement la cheffe du gouvernement à repousser le Brexit.

En conséquence, le gouvernement présentera mardi une motion aux députés, précisant que la Première ministre cherchera une extension jusqu'au 30 juin. Les députés voteront sur cette motion et pourront émettre des propositions quant à la durée du report. Tout en sachant que ce sont les dirigeants européens qui auront le dernier mot.

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