En ce moment
 

A bord d'un bus rouge, des chercheurs veulent capter le pouls du Brexit

A bord d'un bus rouge, des chercheurs veulent capter le pouls du Brexit
Des partisans du Brexit manifestent devant le Parlement, le 29 mars 2019 à LondresTolga AKMEN
BREXIT

Dans un bus à impériale rouge, un anthropologue italien fait le tour de Londres pour recueillir les opinions des habitants sur le Brexit, afin de laisser un témoignage aux générations futures.

Domenico Sergi, 39 ans, vadrouille dans les "centres commerciaux, pubs et rues commerçantes" de la capitale dans le cadre d'un projet pour le Musée de Londres, explique-t-il à l'AFP lors de son dernier arrêt à Hillingdon, une banlieue de l'ouest londonien qui avait voté massivement en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016.

Les entretiens qu'il mène autour du Brexit s'intègrent dans un programme de quatre ans financé par le Conseil des arts et destiné à documenter ce moment historique.

Hier encore, le 29 mars, jour où le Brexit était censé avoir lieu avant d'être repoussé, Londres a vu des milliers de Britanniques manifester devant le Parlement pour réclamer un Brexit "maintenant" tandis que, entre les murs du palais de Westminster, les députés rejetaient pour la troisième fois le Traité de retrait présenté par la Première ministre.

Le 23 mars, ce sont des centaines de milliers d'europhiles qui avaient défilé devant le Parlement pour, au contraire, demander un autre référendum sur l'appartenance de leur pays à l'UE.

- "Exprimer la fatigue" -

Selon le chercheur, qui a aussi sillonné des quartiers périphériques de Londres lors de sa centaine d'entretiens, beaucoup de personnes disent souffrir d'une lassitude liée au Brexit.

"Les gens se sentent dépassés par le débat public et sont un peu déconcertés par la confusion qui règne", explique-t-il. "Il est intéressant de noter que les gens veulent exprimer leur fatigue du Brexit et qu'ils ne se retiennent pas de dire ce qu'ils pensent".

Surtout, le Brexit "affecte la dynamique familiale", a observé M. Sergi lors d'une visite à l'Université Brunel, dans la circonscription du député conservateur eurosceptique Boris Johnson.

"La semaine dernière, au parc olympique de Newham, nous avons rencontré un couple de Havering dont l'un des membres a voté pour rester et l'autre pour partir", cite-t-il en guise d'exemple, mentionnant un quartier où 70% des électeurs ont voté pour quitter l'UE.

Outre les témoignages, le chercheur collectionne les objets liés au Brexit. Il a ainsi demandé à Charlie Mullins, le patron de Pimlico Plumbers, partisan du maintien dans l'Union européenne, de lui faire parvenir les panneaux publicitaires qu'il a réalisés et qui disent "Merde au Brexit".

Il a également demandé à avoir des sous-bocks de bière et pamphlets fabriqués par la chaîne de pubs Wetherspoons, dont le président, Tim Martin, est un fervent partisan du Brexit.

"Nous avons été assez étonnés du nombre de commerces et d'entreprises qui se sont saisis du Brexit pour vendre davantage de produits et participer à la conversation".

La capitale a massivement voté (60%) pour rester dans l'UE, alors que le pays s'est exprimé à 52% en faveur du départ.

- Nationalisme et xénophobie -

"Il est très important de recueillir une variété de points de vue", dit à l'AFP Sally Broughton Micova, chargée de cours en communication politique à l'université d'East Anglia, car "dans 20 ans, les gens regarderont en arrière et en tireront des enseignements".

Mme Micova exhibe, elle, un autocollant jaune proclamant "Merde au Brexit". Une manière d'afficher "que nous pouvons cultiver le local et le national tout en faisant partie de quelque chose de plus grand".

Ivor Gaber, professeur de journalisme politique à l'Université de Sussex, estime que cette enquête parlera aux générations futures qui grandissent en pleine mondialisation.

"Au fur et à mesure que le monde devient de plus en plus globalisé, les gens s'accrochent à des identités particulières, ce qui a un bon et un mauvais côté", estime-t-il.

"Nous avons vu des éléments du nationalisme et de la xénophobie jouer un rôle dans ce pays, comme lors du débat sur le Brexit", ajoute-t-il. Selon lui, de nombreux pro-Brexit "ont estimé que leur identité anglaise était menacée par l'adhésion à l'UE".

Vos commentaires