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A Londres, d'anciens prisonniers luttent contre les gangs

Ancien dealer de drogue et bénévole dans une association de lutte contre les gangs, Abdi est l'une des récentes victimes de la vague de crimes qui frappe Londres: il s'est fait poignarder le week-end dernier.

Abdi, 26 ans, sorti de prison l'an dernier, aide aujourd'hui les jeunes Londoniens à ne pas tomber sous l'emprise des gangs. "Je leur dis juste: +Frérot, soit tu meurs, soit tu fais 35 ans de taule, y a pas d'autre choix+", explique-t-il à l'AFP lors d'une rencontre à Shepherd's Bush, dans le nord-ouest de Londres.

"Nous voulons changer l'image et les mentalités", souligne le jeune homme, né en Angleterre de parents somaliens, avouant avoir lui-même été autrefois séduit par ce mode de vie. "N'importe quel gamin qui vit à Londres rêve d'avoir une voiture puissante, des filles et des vêtements de marque. La belle vie, quoi !", dit-il, avant d'ajouter: "rien n'est facile et il faut travailler dur pour l'obtenir."

Lui qui avait l'habitude d'entendre ce genre de discours de personnes plus âgées, il cible à son tour les jeunes avant qu'ils ne basculent vers ce mode de vie.

Il joue le rôle de mentor pour Key4Life, une association créée en 2012, après les émeutes de 2011, par une Irlandaise, Eva Hamilton, qui tente d'apporter des solutions pour réduire la délinquance chez les jeunes et les guerres entre gangs.

"On cherche à trouver des emplois pour remettre les jeunes sur le droit chemin, c'est la clef de tout", explique-t-elle à l'AFP.

Les attaques au couteau ont augmenté de 23% à Londres l'an dernier. En 2018, une série de fusillades et d'agressions au couteau a fait plus de 50 victimes dans la capitale, qui a même dépassé New York.

La ministre britannique de l'Intérieur, Amber Rudd, en rend responsable le trafic de drogue et a juré de tout faire pour inverser la tendance, annonçant lundi un plan qui cible les gangs et renforce la prévention.

- "Je vais gagner" -

Avec son collègue Anthon Dinnall, un ancien détenu de 24 ans, condamné pour vol, Abdi fait le tour des quartiers pour identifier les jeunes susceptibles d'être impliqués dans des gangs.

Pour Anthon, la rencontre avec Key4life a eu lieu en prison : "Je faisais déjà beaucoup de musique, et Eva Hamilton m'a dit de venir à un atelier", raconte-t-il. Aujourd'hui, il dirige les ateliers de musique de l'association. "Je suis un modèle, une sorte d'ambassadeur, avec mon passé de dingue, je peux aider les autres grâce à mon expérience".

Son activité ne rapporte pas à Abdi autant que le marché de la drogue mais il estime qu'elle en vaut la peine. "J'aide les gens qui sont dans la même situation que moi il y a cinq ans, en les décourageant de suivre le même parcours," dit-il.

"A ceux qui ne sont pas nés dans ce pays et se font arrêter, je dis: +vous croyez que vos parents sont venus jusqu'ici pour que vous vendiez de la drogue ? Non, c'est pour que vous puissiez y trouver un avenir+".

Abdi a lui aussi rencontré Key4life en prison, où des bénévoles de l'association étaient venus lui rendre visite pendant qu'il purgeait une peine de trois ans. Désormais libre, il retourne sur les lieux à Brixton, où il a été détenu, pour venir en aide aux prisonniers.

Avec un sentiment d'euphorie: "A présent, plus personne ne peut me dire quoi faire, porter ou manger. J'ai l'impression d'être quelqu'un dans la société et je ne veux pas perdre ce que je suis sur le point de gagner," dit-il.

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