Alexis Tspiras, du trublion anti-austérité au négociateur pragmatique

Alexis Tspiras, du trublion anti-austérité au négociateur pragmatique
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras félicité vendredi après la ratification par le Parlement grec de l'accord avec Skopje sur le nom de Macédoine du Nord ANGELOS TZORTZINIS
Grèce

Arrivé sur la scène européenne en trublion anti-austérité il y a quatre ans, le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est révélé en réformateur et négociateur pragmatique, réussissant y compris à mettre un terme vendredi au contentieux ancien avec la Macédoine.

Après avoir évité à la Grèce le défaut de paiement et accompli les réformes dictées par les créanciers du pays, le Premier ministre de gauche résout un litige vieux de 27 ans avec Skopje en obtenant la ratification par le Parlement grec de l'accord rebaptisant "l'Ancienne république yougoslave de Macédoine", en "Macédoine du Nord".

Faisant preuve de "pragmatisme politique", selon des analystes, Alexis Tsipras, un ancien communiste, a saisi l'occasion il y a un an et demi, lors de l'arrivée au pouvoir de son homologue macédonien, le social-démocrate Zoran Zaev, qui remplaçait un Nikola Gruevski incarnant la ligne intransigeante de son pays dans son conflit avec la Grèce.

Le Premier ministre de 44 ans a eu une ascension politique fulgurante: l'ex-leader étudiant devient à 25 ans secrétaire général des jeunes de son parti de gauche, le Syriza, avant d'être candidat à la mairie d'Athènes à 32 ans, chef du parti à 33 et député à 35.

Estimant pouvoir convaincre les créanciers du pays d'assouplir le carcan de la dette, Alexis Tsipras ne tarde pas néanmoins à agacer en Europe quand il arrive au pouvoir en 2015. Il exaspère ses pairs européens par ses tactiques de négociations parfois qualifiées d'"incohérentes" ou "irresponsables".

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français de l'époque François Hollande le persuadent alors de s'engager dans les réformes pour éviter que la Grèce ne soit poussée hors de la zone euro.

Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques, a confié avoir révisé son point de vue sur le leader grec, découvrant après "l'inquiétude" des débuts de mandat, "une personne intelligente et courageuse" devenue un homme de gauche "responsable".

Le quadragénaire a récemment convenu ne pas s'être toujours entouré des bonnes "personnes".

Ingénieur de formation, Alexis Tsipras est né dans la banlieue d'Athènes en 1974, à la fin de la dictature des colonels qui a persécuté la gauche pendant sept ans. En dépit des fortes traditions conservatrices du pays, il vit en union libre avec sa compagne ingénieure rencontrée sur les bancs du lycée, et est ouvertement athée. Ils ont donné comme deuxième prénom à l'un de leurs deux fils celui d'"Ernesto", en mémoire de Che Guevara, le révolutionnaire argentin qu'il admire.

Jean-Luc Mélenchon, son ancien allié français de la gauche radicale, n'en a pas moins critiqué son action au pouvoir, qualifiant Alexis Tsipras de "l'une des figures les plus pathétiques de la scène politique européenne".

- soutien de leaders européens -

Devenu réformateur crédible sur le plan économique, Alexis Tsipras a bénéficié du soutien de leaders européens clés sur la question du changement du nom de la Macédoine.

Angela Merkel s'est ainsi déclarée "reconnaissante" de "l'action décisive" du Premier ministre grec pour parvenir à l'accord conclu entre Skopje et Athènes, qui pour la chancelière allemande "profite à toute l'Europe".

Mais pour ce faire, Alexis Tsipras s'est heurté à une très vive opposition, tant au Parlement que dans l'opinion publique.

Pour beaucoup de Grecs, l'appellation de Macédoine appartient au patrimoine historico-culturel hellénique et est liée au conquérant de l'Antiquité Alexandre le Grand. Elle doit par conséquent être réservé à la province qui porte ce nom dans le nord de la Grèce.

"Ma conscience exige que nous exploitions cette opportunité historique, même si elle a un coût politique", avait plaidé le chef du gouvernement grec lors des débats houleux sur le vote de confiance qu'il avait remporté la semaine dernière après la démission de son allié, le ministre de la Défense, Panos Kammenos.

"La Macédoine du Nord, est un pays-ami, un allié qui soutiendra la Grèce dans ses efforts pour la stabilité et le développement de la région", a-t-il raisonné à l'issue du vote de l'accord au parlement.

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