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Athlétisme: avant les Mondiaux, le dossier du dopage russe de nouveau sur la table

Athlétisme: avant les Mondiaux, le dossier du dopage russe de nouveau sur la table
Rune Andersen, le patron de la Task Force, en conférence de presse, le 4 décembre 2018 à MonacoVALERY HACHE
sport, Russie

A quatre jours de l'ouverture des Mondiaux à Doha (27 septembre - 6 octobre), le Conseil de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) se penche de nouveau lundi sur le cas épineux de la Russie, suspendue depuis novembre 2015 en raison d'un vaste scandale de dopage institutionnel, au moment même où le pays fait face à de nouvelles accusations.

La question de la réintégration ou non de la Russie est devenue un véritable serpent de mer pour les responsables de l'IAAF, qui se sont déjà prononcés à 11 reprises sur le sujet depuis près de quatre ans, recalant à chaque fois une nation dont l'ultime apparition dans une compétition internationale remonte aux Championnats du monde 2015.

La Fédération internationale d'athlétisme reste ainsi la dernière grande instance du sport mondial à bannir la Russie, déjà réadmise par le Comité international olympique (CIO) et l'Agence mondiale antidopage (AMA).

Si la présence au Qatar de 29 athlètes russes est déjà actée, ceux-ci ne pourront concourir que sous drapeau neutre après avoir été jugés irréprochables par un panel de l'IAAF.

Comme à chaque réunion du Conseil, c'est la Task Force chargée de vérifier les progrès de la Russie dans la lutte antidopage qui donnera le ton, la Fédération internationale ayant jusqu'ici suivi à la lettre ses recommandations.

- Soupçons de l'AMA -

En juin, Rune Andersen, le patron de la Task Force, avait exprimé sa "frustration" face à la situation prévalant en Russie, marquée par des "reculs", pointant du doigt le maintien en fonction d'entraîneurs suspendus pour dopage ou l'aide apportée au sauteur en hauteur Danil Lysenko, qui a pu justifier des contrôles antidopage manqués grâce à de faux documents.

Près de quatre mois plus tard, de nouvelles révélations sont venues ternir l'image du pays, mettant en doute la réelle volonté des autorités locales d'éradiquer les racines du mal.

Selon une source proche du dossier confirmant un tweet du journaliste de la chaîne allemande ARD, Hajo Seppelt, l'AMA a ainsi des soupçons sur l'authenticité des données du laboratoire antidopage de Moscou, qui sont en cours de traitement par l'Unité d'intégrité de l'athlétisme (AIU), organe indépendant chargé d'enquêter notamment sur les cas de dopage. La remise de ces données était l'une des principales conditions posées par l'AMA et l'IAAF pour réintégrer la Russie.

Le comité de révision de la conformité (CRC) de l'AMA, compétent pour recommander des sanctions, doit présenter un rapport sur le sujet aux membres du comité exécutif de l'instance, lundi à Tokyo. Si une fraude était avérée, cela pourrait conduire l'AMA à sanctionner de nouveau la Russie, avec des conséquences pouvant aller jusqu'à priver le pays de participer à des compétitions, comme les Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Les récentes sorties médiatiques du chef de l'antidopage russe ont également amplifié le malaise. Très critique depuis plusieurs mois vis-à-vis des responsables de la Fédération russe d'athlétisme dont son président Dmitri Chliakhtine, il en a remis une couche mercredi dans un entretien à l'Equipe.

- "Un problème de système" -

"J'ai appelé à la démission de tous les dirigeants de cette Fédération. Nous coopérons avec l'IAAF, nous menons des enquêtes. L'échelle des dérives y est juste folle ! C'est un problème de système (...) parce qu'il y a des preuves de l'intervention d'une autorité supérieure", a expliqué Youri Ganus.

"Il y a des gens qui s'opposent à mon travail (...) Par exemple le ministre des Sports (Pavel Kolobkov, ndlr) a défendu et continue de couvrir Chliakhtine. Tant que nous ne serons pas honnêtes avec nous-mêmes, la communauté internationale ne pourra pas lever la sanction de la Russie", a-t-il poursuivi.

De quoi faire écho aux propos de Maria Lasitskene, double championne du monde de saut en hauteur.

"Au cours des trois dernières années, j'ai entendu 200 fois que tout a été fait et qu'on va nous réintégrer, a déclaré l'athlète russe. Mais ce ne sont que des belles paroles qu'on essaye de nous vendre. J'espère que les gens impliqués dans cette honte sans fin auront finalement le courage de partir (...) non seulement la direction, mais aussi tous ces entraîneurs en activité qui sont toujours persuadés que sans dopage, c'est impossible de gagner."

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