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Augmenter les retraites, diminuer des impôts et réduire le déficit: le pari réussi des socialistes au Portugal

Augmenter les retraites, diminuer des impôts et réduire le déficit: le pari réussi des socialistes au Portugal

La majorité de gauche au pouvoir au Portugal, pays sorti d'un sévère plan de redressement il y a quatre ans, a adopté jeudi au Parlement la version finale du budget de l'Etat pour 2019, qui augmente le pouvoir d'achat des ménages tout en restant dans les clous européens. "Nous avons changé de politique et les résultats prouvent que cela valait la peine", s'est félicité devant l'Assemblée le Premier ministre Antonio Costa, dont le Parti socialiste caracole en tête des sondages à un an des prochaines élections législatives.

Concilier la rupture avec l'austérité et l'appartenance à l'Union européenne

En dépit d'une légère hausse en octobre, le taux de chômage a atteint en septembre son plus bas niveau depuis 2002 et devrait continuer de baisser en 2019, à 6,3%, selon les prévisions inscrites dans la loi de Finances. "Il faut soutenir le Parti socialiste car c'est une force de réforme et d'équilibre, capable de concilier la rupture avec l'austérité et l'appartenance à l'Union européenne", faisait valoir lundi le chef du gouvernement dans un discours marquant le troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir, et donnant le ton pour l'année électorale qui approche.

En vue des élections européennes de mai prochain et des législatives de septembre ou octobre, le gouvernement bâtira son leitmotiv sur les mérites d'une "politique de gauche pro-européenne, alliant redistribution des revenus et discipline budgétaire", explique à l'AFP le politologue Antonio Costa Pinto.

La gauche a brisé une sorte de tabou en affichant pour la première fois des comptes rigoureux et a ainsi réussi à apaiser Bruxelles

Arrivé en deuxième position derrière les conservateurs lors des législatives de 2015, le Parti socialiste a tout de même pris les rênes du pays en scellant une alliance inédite avec la gauche radicale et en promettant de "tourner la page de l'austérité".

"Malgré sa défaite, le Parti socialiste est parvenu à inverser sa trajectoire de déclin, un fait rare au sein de la gauche social-démocrate européenne", souligne Antonio Costa Pinto, chercheur de l'Université de Lisbonne.

Le succès de la politique budgétaire mise en oeuvre par la gauche après la cure de rigueur imposée par le précédent de gouvernement de droite, quand le pays était sous perfusion financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), est reconnu y compris au sein des milieux libéraux.

Sous l'impulsion du ministre des Finances et président de l'Eurogroupe Mario Centeno, "la gauche a brisé une sorte de tabou en affichant pour la première fois des comptes rigoureux et a ainsi réussi à apaiser Bruxelles", note l'économiste Pedro Braz Teixeira, directeur du cabinet d'études du Forum pour la compétitivité, une association proche du patronat.

"Le budget pour 2019 est encore une fois très focalisé sur la redistribution de revenus et ne fait rien pour augmenter le potentiel de croissance de l'économie portugaise", s'inquiète cependant M. Braz Teixeira.


Déficit historiquement bas

Concrètement, la loi de Finances votée jeudi prévoit un allègement de l'impôt sur le revenu, la poursuite du dégel des promotions dans l'administration publique ou encore une augmentation extraordinaire des pensions de retraite les plus modestes.

Dans le même temps, le déficit public doit être ramené de 0,7% en 2018 à 0,2% l'an prochain, son niveau le plus bas depuis l'avènement de la démocratie en 1974.

La dette publique devrait diminuer légèrement à 118,5% du PIB, mais reste actuellement la troisième la plus élevée de l'Union européenne, derrière celles de la Grèce et de l'Italie.

"L'amélioration du solde budgétaire continue à dépendre des effets de la conjoncture économique" et de la baisse des coûts de financement de la dette publique, note toutefois le Conseil des finances publiques, un organe indépendant chargé d'évaluer la politique budgétaire.

Pour 2019, le gouvernement prévoit un léger ralentissement de la croissance, avec un PIB en hausse de 2,2% contre une augmentation de 2,3% attendue cette année. Et cet essoufflement risque d'être plus prononcé, car la Commission européenne et le FMI tablent sur un PIB en hausse de 2% et 1,8% respectivement.

Au troisième trimestre 2018, l'activité économique a progressé de 0,3% contre une hausse de 0,6% entre avril et juin.


Le Portugal incite au retour des émigrés avec une baisse d'impôt

Afin d'inverser la vague d'émigration qu'a connue le Portugal pendant la crise, le budget de l'Etat pour 2019 voté jeudi au Parlement prévoit une baisse de l'impôt sur le revenu de ceux qui rentreront au pays au cours des deux prochaines années.

Baptisée "Programme Retour", cette mesure accordera pendant cinq ans une réduction de 50% de l'assiette soumise à l'impôt sur le revenu aux Portugais et aux étrangers qui retourneront au Portugal après au moins trois ans d'absence.

Dans les médias Portugais, de nombreux Portugais émigrés à l'étranger ont cependant souligné que pour payer des impôts, même réduits, il fallait avant tout qu'ils puissent trouver du travail correct dans leur pays.

Devenu un pays d'accueil d'immigrés à partir de 1993, après une forte vague d'émigration dans les années 60, le Portugal avait vu la tendance s'inverser à partir de la crise économique de 2008.

D'après les estimations du gouvernement socialiste, quelque 500.000 personnes ont cherché leur salut à l'étranger entre 2010 et 2015 mais environ 350.000 sont déjà revenues. "Le meilleur indicateur de la confiance retrouvée dans l'avenir de notre pays c'est le fait que le solde migratoire soit redevenu positif en 2017, pour la première fois depuis 2008", a souligné en début de semaine le Premier ministre Antonio Costa.

La démographie du Portugal reste toutefois marquée par une natalité très basse et par un vieillissement de la population très prononcé. Selon les dernières projections de l'Institut national des statistiques, la population portugaise risque de passer de 10,3 millions d'habitants en 2017 à 7,7 millions en 2080.

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