Autriche: l'extrême droite accusée de menaces sur l'Etat de droit

(Belga) Le ministre autrichien de l'Intérieur, figure du parti d'extrême droite FPÖ, a déclenché une vive polémique mercredi en expliquant vouloir remettre en cause "certaines constructions juridiques étranges" qui brideraient le pouvoir politique, dans une allusion transparente, selon l'opposition, à la Convention européenne des droits de l'homme.

"Je crois au principe selon lequel la loi doit suivre la politique et non la politique la loi", a déclaré le ministre Herbert Kickl mardi soir sur la télévision publique Ö1. Or, selon le ministre, "il existe des constructions juridiques étranges, certaines très anciennes, nées dans des contextes très différents et qui nous empêchent de faire ce qu'il faut", a-t-il expliqué, précisant vouloir "mener un débat" sur ces principes. L'opposition sociale-démocrate, libérale et écologiste y a vu une attaque contre la Convention européenne des droits de l'homme. "La Convention européenne des droits de l'homme occupe depuis 59 ans un rang constitutionnel en Autriche. La mettre en cause serait mettre fin au consensus fondamental de la Deuxième République", a twitté le chef de l'Etat Alexander Van der Bellen, un écologiste libéral. Le Parti social-démocrate SPÖ a estimé que "le ministre de l'Intérieur a gravement porté atteinte à l'Etat de droit en Autriche" et montré "en contestant la Convention européenne des droits de l'homme (...) qu'il était lui-même la plus grande menace pour la démocratie". "La Convention européenne des droits de l'homme est indissociable de notre appartenance à l'Union européenne", a critiqué le parti libéral Neos, appelant le parti conservateur ÖVP, qui gouverne avec l'extrême droite sous la houlette du chancelier Sebastian Kurz, à réagir aux propos du ministre. Ce dernier a assuré dans la même interview qu'il fondait "naturellement" son action sur le respect de l'Etat de droit. Le ministre de l'Intérieur, ancien secrétaire général du FPÖ et considéré comme la tête pensante du parti, a multiplié ces dernières semaines les attaques contre plusieurs textes internationaux qui brideraient le gouvernement dans sa volonté de débouter tous les auteurs d'infraction du droit d'asile et de les expulser, y compris vers la Syrie lorsqu'ils en sont originaires. M. Kickl avait à cette occasion cité la Convention européenne des droits de l'homme, la Convention de Genève sur les réfugiés et certains règlements européens. Le chancelier autrichien soutient cette volonté de durcir encore le droit d'asile, annoncée après la médiatisation de plusieurs actes violents commis par des étrangers. Il a également dit récemment vouloir faire évoluer certaines règles européennes qui freineraient son action en la matière. (Belga)

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