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Brexit: les Britanniques d'Anjou en plein désarroi

BREXIT

"Vous croyez qu’on va vivre assez longtemps pour en voir l’issue?" John Curd, 76 ans, retraité installé depuis 2003 avec son épouse Pat, au Puy-Notre-Dame, en Anjou, est en plein désarroi face aux atermoiements qui entourent la négociation du Brexit.

"J’ai honte. Et le sentiment qu’on a gaspillé deux ans pour rien. Qu’est-ce qui justifie encore ce nouveau délai ? Pour quelle finalité ? On n’y comprend plus rien", poursuit le septuagénaire, alors que la Première ministre britannique Theresa May tente d'obtenir auprès de l'Union européenne un nouveau délai, au-delà du 12 avril.

Contrairement à son épouse, John Curd était à l'origine plutôt favorable au Brexit.

"Pour elle, l’Europe, c’est le futur de nos enfants et petits-enfants. Conceptuellement, j’adhère mais, après le rejet du choix des Français et des Néerlandais contre le traité constitutionnel en 2005, l’organisation politique européenne m’inspire peu confiance", confie-t-il.

En désaccord, le couple s’est abstenu de voter lors du référendum britannique du 23 juin 2016, mais il s’inquiète aujourd’hui pour son devenir administratif en France, "surtout pour la Carte Vitale". "Sans elle, pourrons-nous avoir une complémentaire ?".

A la Bibliothèque anglophone d’Angers où elle partage régulièrement du temps avec des compatriotes, June Duckworth, 76 ans elle aussi, ne dit pas autre chose : "L’image que nous offrons me préoccupe. Je suis inquiète aussi pour l’avenir, pour l’industrie, pour l’économie parce que je pense que le Brexit aura un effet énorme", estime-t-elle.

Sur le plan pratique, la retraitée qui effectue des allers-retours réguliers en Angleterre s’interroge sur les conséquences d’une sortie sans accord : "Une résolution, s’il vous plaît. D’une façon ou d’une autre, pour que je puisse commencer à planifier", implore-t-elle.

Prendre la nationalité française ? Installé depuis 1985 à Angers, Gary Copsey se pose pour la première fois la question. "Politiquement, c’est un tel flou artistique, témoigne cet ingénieur de 57 ans, père de deux enfants, binationaux eux. "Moi, je vivais très bien la +cohabitation+ jusqu’alors et je pensais sincèrement qu’un deal serait trouvé. Mais s’il le faut, je le ferai par nécessité".

- "sujet qui fâche en famille" -

Créateur de la société de formation linguistique et culturelle "Immersion in Anjou" à Beaulieu-sur-Layon au sud d’Angers, Alan Baxter, 73 ans, dont la demande de double-nationalité est en cours, partage le même raisonnement. Pour l’avenir de son entreprise et de ses 21 collaborateurs.

"Si le Brexit a lieu, j’espère qu’un deal facilitera le droit de travailler en France et en Europe. Et que les choses ne seront pas plus compliquées pour les autorisations".

Dans le centre d’Angers, Maxime Tait, fils d’un expatrié britannique et fondateur de la confiserie QK (6 salariés, 750.000 euros de chiffre d'affaire) appréhende lui aussi l'avenir.

Il importe 90% des bonbons traditionnels anglais commercialisés dans ses boutiques, à Nantes, Tours et Rennes: "15% de droits de douane, une marge qui baisse mais je ne vendrai jamais autre chose que des produits britanniques, ça c’est clair. Donc soit on paiera plus cher, nous, mais l’impact on ne le fera pas ressentir sur les clients".

"Profondément européen", le jeune entrepreneur avoue que le Brexit est devenu "le sujet qui fâche dans sa famille". Lui souhaite que le Royaume-Uni reste dans l’UE : "Pas uniquement pour des raisons commerciales, c’est le sens de l’Histoire pour moi".

Selon la préfecture de Maine-et-Loire, 1.250 citoyens britanniques sont recensés aujourd’hui dans le département. En 2018, une trentaine ont obtenu leur naturalisation.

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