En ce moment
 

Négociations du Brexit : Theresa May dénonce une impasse et blâme l'UE

Négociations du Brexit : Theresa May dénonce une impasse et blâme l'UE
La Première ministre britannique Theresa May, le 20 septembre 2018 à Salzbourg, en AutricheChristof STACHE

La Première ministre britannique Theresa May a contre-attaqué vendredi contre l'UE, jugeant "inacceptable" le rejet de ses propositions par les dirigeants européens au sommet informel de Salzbourg, en Autriche.

Son intervention a provoqué une prompte réaction du président du Conseil européen, Donald Tusk, qui s'est dit, dans un communiqué, "convaincu qu'un compromis, bon pour tous, est encore possible".

"Nous sommes dans une impasse", a déploré la dirigeante britannique dans une allocution télévisée faite de ses bureaux du 10 Downing Street. "Il est inacceptable de tout simplement rejeter les propositions de l'autre partie sans explications détaillées et sans contre-proposition".

Elle a maintenu que son "plan de Chequers", présenté en juin, et qui prévoit le maintien d'une relation économique étroite avec la création d'une zone de libre-échange pour les biens industriels et les produits agricoles, restait "la meilleure manière de protéger les emplois ici (au Royaume-Uni) et en Europe et d'éviter une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande", comme le réclame également Bruxelles.

A Salzbourg, le rejet sans équivoque par les 27 de la proposition britannique, jugée incompatible avec l'intégrité du marché unique et le maintien des quatre libertés de circulation (biens, services, personnes et capitaux), a cueilli Theresa May à froid tant elle espérait un geste pour la conforter face à son parti ultra-divisé sur le Brexit.

Elle a exigé vendredi d’être traitée "avec respect" par ses homologues européens, et a affirmé que Londres attendait désormais que Bruxelles propose "une alternative". "D'ici là, nous ne pourrons faire aucun progrès", a-t-elle conclu.

"Pour le bien des négociations et par respect pour les efforts de la Première ministre Theresa May, nous avions décidé de considérer le plan de Chequers comme un pas dans la bonne direction", a répondu Donald Tusk.

Il a expliqué que c'était "la position britannique, avant et pendant le sommet de Salzbourg, étonnement dure et intransigeante", qui avait amené les dirigeant européens à "réitérer leur position sur l'intégrité du marché unique".

Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a quant à lui estimé vendredi que les deux parties "entraient dans une phase difficile", mais a souligné qu'il était déterminé à conclure un accord.

- "Humiliation" -

Pour Simon Usherwood, un professeur de Sciences politiques à l'Université du Surrey, les Européens ont effectué "une sorte de mise au point" face aux informations qui circulaient au Royaume-Uni selon lesquels l'UE était "prête à faire des concessions".

Une clarification qui intervient à un moment très délicat pour Mme May, à quelques jours de devoir rendre des comptes devant son parti, qui se réunit en congrès à partir du 30 septembre à Birmingham (centre de l'Angleterre) et qui a été interprétée comme une humiliation pour la dirigeante par l'ensemble des médias de son pays.

"Humiliation", titrait ainsi le Guardian, le "désastre de Salzbourg", renchérissait le "i" tandis que le tabloïd Sun dépeignait le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le président français Emmanuel Macron, qui ont eu des mots durs pour le projet de Mme May, en malfrats prêts à lui "tendre une embuscade".

Fragilisée depuis la perte de la majorité absolue au parlement après les élections législatives anticipées qu'elle avait convoquées en juin 2017, Mme May sait qu'elle est attendue au tournant par les tenants d'une rupture nette avec Bruxelles qui voudraient la déboulonner.

Theresa May est "incapable d'obtenir un bon accord sur le Brexit", a réagi le chef de l'opposition, le leader travailliste Jeremy Corbyn. "Elle s'est mise dans une situation impossible", a renchéri Keir Starmer, le monsieur Brexit du Parti travailliste. "Elle pensait que la réunion (de Salzbourg) allait l'aider au congrès (des Tories) mais il la handicape".

Mme May a promis de faire de nouvelles propositions concernant l'Irlande du Nord qui "préserveront l'intégrité du Royaume-Uni", mais a de nouveau affirmé que son pays préférerait "pas d'accord à un mauvais accord".

La livre britannique, déjà en baisse face au dollar et à l'euro, a brusquement accru ses pertes à la suite de ces propos que les investisseurs ont pu "potentiellement" interpréter "comme un signe qu'une sortie sans accord est une possibilité réelle et de plus en plus probable", selon Craig Erlam, un analyste pour Oanda.

Londres et les 27 espéraient s'entendre au prochain sommet du 18 et 19 octobre à Bruxelles sur un accord scellant leur divorce, prévu pour fin mars 2019, ainsi que sur une déclaration fixant le cadre de leur future relation, en particulier au niveau économique. Mais il est désormais question d'un nouveau sommet autour de la mi-novembre.

Vos commentaires