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Bruno Ganz, l'interprète magistral d'Hitler à l'écran

Pour Bruno Ganz, la clé pour interpréter le rôle combien difficile d'Adolf Hitler au cinéma, qui lui avait valu une renommée mondiale, avait été d'accepter le fait que ce personnage odieux était resté un être humain malgré ses crimes monstrueux.

Mort samedi d'un cancer à 77 ans, l'acteur suisse de langue allemande avait enchaîné les rôles au théâtre et à l'écran, avant d'accepter de jouer dans le film "La Chute" d'Oliver Hirschbiegel, sorti en 2004, qui relate les derniers jours d'Hitler dans son bunker.

Son rôle le plus célèbre auparavant avait été celui de l'ange Damiel dans "Les Ailes du Désir" (1987) de Wim Wenders.

Pour beaucoup de critiques, son interprétation nuancée du dictateur nazi, traversé par des accès de colère mais aussi de profonde déprime, est restée inégalée.

Hitler est un personnage que les acteurs de langue allemande ont toujours refusé d'interpréter mais Bruno Ganz, né à Zurich, avait reconnu que le fait d'être Suisse permettait d'avoir la distance nécessaire.

"Le fait de ne pas être Allemand m'a aidé, car je pouvais mettre mon passeport entre Hitler et moi", confiait-il au site The Arts Desk en 2005.

Mais Bruno Ganz s'était également attiré des critiques pour avoir montré un Hitler à la personnalité complexe -- hors de lui et tremblant lorsqu'il réprimandait ses généraux après une défaite, mais capable aussi de montrer de la tendresse à l'égard d'un assistant effrayé.

Il avait dit au site The Arts Desk qu'il était amusé d'entendre des reproches pour avoir "humanisé" le dictateur nazi au lieu d'en faire une caricature du mal.

Les gens "ont besoin d'avoir une icône intacte du mal lui-même", avait-il expliqué. "Mais je ne sais pas ce qu'est vraiment le mal."

Lorsqu'on lui demandait s'il avait préparé ce rôle en se persuadant qu'après tout, Hitler était un être humain, il répondait: "Bien sûr qu'il l'est. Qu'est-ce qu'il pourrait être d'autre?"

- Anneau prestigieux -

Avant d'être propulsé parmi les plus grands acteurs du cinéma mondial grâce à son interprétation dans "La Chute", nommé aux Oscars, Bruno Ganz était déjà reconnu comme l'un des plus grands acteurs de langue allemande.

En 1996, il avait reçu l'anneau de Iffland, un joyau détenu officiellement par l'Autriche, qui distingue le plus grand acteur de théâtre de langue allemande.

La tradition, vieille de trois siècles, veut que son possesseur nomme un successeur qu'il juge digne de recevoir l'anneau prestigieux.

Bruno Ganz devait également sa notoriété à ses performances théâtrales, comme son rôle majeur dans "Faust" de Goethe.

Né en 1941 dans une famille ouvrière, Bruno Ganz avait décidé de quitter l'école très tôt pour devenir acteur, a raconté le média allemand Deutsche Welle.

Enchaînant les petits boulots de vendeur en librairie et d'ambulancier pour survivre, il était parti tenter sa chance en Allemagne au début des années 1960.

Après avoir joué dans quelques uns des théâtres les plus prestigieux d'Allemagne, il s'était fait remarquer par le cinéma qui lui offrira de très nombreux rôles.

Revenant sur "La Chute", il avait déclaré qu'il devait après chaque jour de tournage, "construire un mur ou un rideau de fer" dans sa tête. "Je ne voulais pas passer mes soirées à l'hôtel avec M. Hitler à mon côté".

Il avait ensuite confié au journal Berliner Morgenpost que ce rôle, qui l'avait propulsé parmi les plus grands acteurs du cinéma mondial, l'avait hanté pendant de longues années.

Le critique de cinéma du magazine The New Yorker, David Denby, avait qualifié sa performance de "révélation stupéfiante".

"Le travail de Ganz (en Hitler) n'est pas simplement surprenante, elle est en fait plutôt émouvante", avait-il écrit en 2005.

En juillet 2018, les médecins lui avaient décelé un cancer de l'intestin. Bruno Ganz aurait dû assumer le rôle de l'orateur dans l'opéra de Mozart "La Flûte enchantée" au Festival de Salzbourg. Mais il avait dû y renoncer.

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