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Carles Puigdemont a quitté sa prison en Allemagne

Carles Puigdemont a quitté sa prison en Allemagne

L'ex-ministre président catalan Carles Puigdemont a quitté vendredi en début d'après-midi la prison de Neumünster, en Allemagne, où il était détenu préventivement depuis le 25 mars. Le leader indépendantiste a pris la parole à sa sortie de la prison, devant la presse et des partisans. L'indépendantiste catalan reste sous la menace d'une extradition vers l'Espagne pour des charges moins graves.

M. Puigdemont avait assuré ne pas vouloir céder sur ses convictions. "L'avenir doit être entretenu avec espoir et optimisme, car nous avons le droit (...) qu'on ne nous vole pas notre avenir, nous devons tenir sur nos positions et ne pas constamment revenir en arrière", a-t-il tweeté au lendemain de la décision surprise du tribunal régional allemand compétent dans son dossier, dans le Schleswig-Holstein.


"Avoir des prisonniers politique dans l'Union européenne constitue une honte"

Il a également déclaré à la presse: "Le temps du dialogue est venu (...) il est temps de faire de la politique". "Les autorités espagnoles n'ont aucune excuse pour ne pas entamer un dialogue politique avec les responsables catalans en vue de trouver une solution politique à nos demandes", a-t-il ajouté, regrettant de n'avoir à ce sujet ces dernières années "obtenu pour réponse que violence et répression". Il a aussi exigé la "remise en liberté immédiate" des indépendantistes catalans détenus en Espagne. "Avoir des prisonniers politique dans l'Union européenne constitue une honte", a-t-il clamé.


Il ne peut quitter l'Allemagne

Ses avocats étaient arrivés en milieu de journée à la prison de Neumünster, dans le nord de l'Allemagne, où M. Puigdemont est détenu depuis une dizaine de jours. M. Puigdemont a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec notamment l'obligation de payer une caution de 75.000 euros. Il lui est aussi interdit de quitter l'Allemagne dans l'attente d'une décision finale sur son cas et il devra pointer une fois par semaine dans un commissariat. Il peut toutefois se targuer d'un premier succès judiciaire notable.


Rébellion ou pas?

La justice allemande poursuit certes l'examen de la demande d'extradition de l'Espagne. Mais elle a infligé un camouflet politico-juridique aux autorités espagnoles en rejetant leur accusation de "rébellion", clé de voûte du mandat d'arrêt européen récemment réactivé par Madrid à l'encontre de M. Puigdemont.

Madrid soutient que l'organisation du référendum sur l'indépendance de la Catalogne en octobre 2017, en dépit du refus du gouvernement et de la Cour constitutionnelle espagnols, relève de la "rébellion". Une accusation passible d'une peine de jusqu'à 30 ans de prison. Les magistrats allemands ont, eux, estimé que cette charge ne pouvait être retenue au regard du droit allemand: elle supposerait en effet que Puigdemont se soit directement rendu coupable de faits de violence ou que l'ampleur des violences ait contraint l'Etat espagnol "à céder". "Ce n'est pas ici le cas", tranchent-ils, prenant à leur compte la position des partisans de l'ancien chef du gouvernement autonome catalan.

Le tribunal continue en revanche à examiner l'accusation politiquement moins sensible de détournements de fonds publics en lien avec l'organisation du référendum d'indépendance, qui selon Madrid a coûté 1,6 million d'euros. Il a demandé à l'Espagne davantage d'éléments pour étayer sa position.


"Tension" apaisée

"C'est une nouvelle qui enlève momentanément de la tension et de la pression en Catalogne, au niveau de la rue, en écartant la possibilité que M. Puigdemont soit extradé pour rébellion, même si rien n'est résolu sur le fond", a déclaré à l'AFP le politologue Oriol Bartomeus, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone.

Si le leader indépendantiste n'est remis à l'Espagne que pour détournement de fonds, c'est le principal pan de l'accusation de Madrid qui tombera: en vertu de la législation européenne, il ne pourra plus en effet être jugé en Espagne pour rébellion. Les faits de "détournement" de fonds restent, eux, punis de quatre à huit ans de prison.


La justice belge a aussi laissé en liberté sous conditions trois anciens ministres indépendantistes catalans

Destitué par Madrid après la vaine déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne le 27 octobre, M. Puigdemont avait été interpellé fin mars dans le nord de l'Allemagne. Il revenait d'un déplacement en Finlande, en voiture, en route pour la Belgique, où il s'est installé pour échapper à la justice espagnole.

En partant à l'étranger, M. Puigdemont et six autres indépendantistes ont échappé aux poursuites en Espagne et cherché à "internationaliser" leur cause en impliquant d'autres pays européens. Jeudi, la justice belge a aussi laissé en liberté sous conditions trois anciens ministres indépendantistes catalans dont l'Espagne réclame l'extradition.

Neuf indépendantistes sont actuellement en détention provisoire en Espagne, dont six anciens membres de l'exécutif de la province et l'ancienne présidente du parlement catalan.

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