Ce matin, l'Italie est ingouvernable

La Ligue et le Mouvement cinq étoiles sont les deux vainqueurs des élections législatives italiennes, sans pour autant qu’une majorité se dégage de ce scrutin. Quels enseignements tirer de ces premiers résultats ? Peut-on dire que c’est un camouflet pour l’Europe ?

Hier soir Marine le Pen, évoquant les élections italiennes, avait twitté : "L’union européenne va passer une mauvaise soirée". C’est bien ce qui s’est passé : ce matin on assiste à la victoire des forces antisystème et eurosceptiques, aussi bien d’extrême droite que d’extrême gauche. Elles seront majoritaires en voix et en sièges après le décompte final. Après dépouillement de 2/3 des bulletins, les tendances étaient nettes, véritable défaite du parti au pouvoir, le parti démocrate, qui tombe à 20%, et percée historique des populistes.

La Ligue et les étoiles

Le premier parti d’Italie devrait être Cinq étoiles, le mouvement crée en 2009 par Beppe Grillo, mais la première alliance sera celle de la droite dure, réunissant Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue et le petit parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), qui obtiennent quelque 37% des voix. A noter, et c’est la surprise, que dans cette coalition des droites, ce n’est pas Berlusconi, mais la Ligue, formation eurosceptique et anti-immigration proche de Marine Le Pen, qui est en tête.

Salvini informateur ?

Selon toute logique son chef Matteo Salvini, est en première ligne pour être choisi par le président de la République, Sergio Mattarella, pour un mandat exploratoire en vue de former un gouvernent. En Belgique on dirait un mandat d’informateur.

Cela dit bonne chance car ni l’alliance des droites, ni Cinq étoiles ne disposeront de suffisamment de sièges pour gouverner, et comme toute alliance entre eux est impossible (ce serait marier Mélenchon et Marine Le Pen), l’Italie est ce matin ingouvernable. Les tractations pourraient durer des semaines, voire des mois. Un scénario à la belge façon 2010…

Europe mon désamour

Reste le fond le message envoyé par les électeurs, c'est un message clairement antisystème, de droite comme de gauche. Et surtout un message antieuropéen, une situation jusqu’alors inimaginable dans un des pays fondateurs de l’Union. Je vous rappelle que le traité sur lequel l’Europe a été bâtie s’appelle le traité de Rome… De Rome ! Il a été signé au Capitole le 25 mars 1957.

Mais voilà, les Italiens autrefois europhiles convaincus, ont l’impression d’avoir été abandonnés par les autres Européens notamment lors de la crise des migrants. 690.000 migrants ont été accueillis en Italie depuis 2013. En Europe, hormis l’Allemagne, qui en a pris sa juste part ? Et maintenant les Italiens se rebiffent !

Pas parce qu’ils sont antieuropéens, parce qu’ils sont déçus par l’Europe.

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