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Commission: la longue route d'Ursula von der Leyen pour imposer son équipe

Commission: la longue route d'Ursula von der Leyen pour imposer son équipe
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive au Parlement européen pour une rencontre avec les responsables des groupes politiques. Strasbourg le 19 septembre 2019.FREDERICK FLORIN

Elue de justesse par le Parlement européen, la future présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen va encore devoir batailler dur pour imposer son équipe d'ici un mois.

"C'est très important de bien se comprendre, d'avoir une bonne relation avec le Parlement", a insisté jeudi celle qui doit prendre les rênes de l'exécutif européen le 1er novembre.

Au terme de trois jours de ce qu'on pourrait qualifier d'"opération déminage" lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, Ursula von der Leyen n'a pas vaincu les réticences concernant sa future équipe.

Invitée par le président du Parlement européen, l'Italien David Sassoli, Mme von der Leyen a dû s'expliquer pendant une heure et demie sur l'intitulé controversé d'un portefeuille de commissaire liant la "protection du mode de vie européen" à la question migratoire.

Cette dénomination a été accusée par certains d'emprunter "la rhétorique de l'extrême droite"

"On a discuté de la dénomination de certains portefeuilles. Elle a promis d'y réfléchir et de faire des ajustements", a dit le président du groupe Renew Europe (libéraux centristes), le Roumain Dacian Ciolos. Les explications de la conservatrice allemande ne l'ont toutefois "pas convaincu".

"Elle n'a pas proposé de changements, mais elle a dit qu'elle était ouverte à la discussion", a également indiqué la cheffe des Verts, l'Allemande Ska Keller.

Selon le chef de file des eurodéputés PPE, Manfred Weber, sa compatriote s'est dit "prête" à examiner la question "après les auditions des commissaires".

Ursula von der Leyen a besoin de recevoir le feu vert du Parlement européen pour mettre en place son collège de commissaires.

Le vote de l'hémicycle à Strasbourg est prévu le 23 octobre. D'ici là, tous les commissaires désignés seront auditionnés entre le 30 septembre et le 8 octobre par les commissions parlementaires, qui donneront leur aval ou non aux nominations.

Or, Ursula von der Leyen est bien placée pour savoir que l'hémicycle ne se laisse pas convaincre si facilement: sa désignation de dernière minute par les Etats membres pour succéder au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a fait grincer de nombreuses dents chez les parlementaires nouvellement élus, y compris dans son propre camp conservateur. Ce n'est qu'avec quelques voix d'avance qu'elle a été élue en juillet.

- Avant ou après les auditions ? -

Ursula von der Leyen va-t-elle préférer calmer le jeu avant les auditions ou envoyer ses commissaires au front pour voir si ça passe ou ça casse?

Pour la présidente du groupe social-démocrate, l'Espagnole Iraxte Garcia, il est "important d'avoir des clarifications" de sa part "avant les auditions".

"On se prépare aux auditions, certains ont des casseroles", a prévenu l'écologiste belge Philippe Lamberts.

Outre le cas du portefeuille du commissaire grec chargé des questions migratoires, Margaritis Schinas, six nominés risquent d'être mis en difficulté pour des affaires ou des motifs politiques, y compris la Française Sylvie Goulard visée par une enquête judiciaire dans le dossier des emplois fictifs des assistants des eurodéputés Modem.

"Nous serons très attentifs au profil des commissaires européens, notamment à ceux en situation de conflit d'intérêts", a affirmé l'élu RN, Nicolas Bay, co-président du groupe "Identité et Démocratie".

"Dans le passé, il y a eu une forme de tentation d'en +tuer un ou deux+ pour montrer que le Parlement européen a un certain pouvoir", a rappelé l'eurodéputé Stéphane Séjourné.

Il a assuré que la délégation française Renaissance (LREM) qu'il préside "n'entrera pas" dans ce jeu et qu'elle analysera d'abord les lettres de mission pour voir si elles correspondent aux profils proposés ainsi qu'au programme politique de Mme von der Leyen.

En 2014, la candidate slovène n'avait pas passé le barrage des auditions parlementaires, obligeant son pays à proposer un autre candidat à Jean-Claude Juncker. Fortement critiqués par les camps politiques adverses, le socialiste français Pierre Moscovici et le conservateur espagnol Miguel Arias Canete avaient finalement été approuvés à la faveur d'un arrangement entre les deux principales forces politiques du parlement.

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