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Croissance et place de l'Italie en Europe, deux priorités pour les entrepreneurs

Croissance et place de l'Italie en Europe, deux priorités pour les entrepreneurs
Le nouveau ministre italien des Finances, Roberto Gualtieri, le 5 septembre 2019 à RomeFilippo MONTEFORTE

Réduire les impôts et investir dans les infrastructures pour renouer avec la croissance, et redonner sa place à l'Italie en Europe: voilà le programme demandé par les entrepreneurs italiens au nouvel exécutif Cinq étoiles-sociaux démocrates entré en fonction jeudi.

Au forum The European House - Ambrosetti, qui se tient jusqu'à dimanche à Cernobbio, sur les rives du lac de Côme, les chefs d'entreprises sont unanimes: il faut donner un coup de fouet décisif à la croissance, qui sera proche de zéro cette année, après un recul de 0,1% du PIB au dernier semestre 2018.

Un tel niveau de croissance "n'est pas tenable", déclare à l'AFP la présidente du groupe pétrolier et gazier Eni, Emma Marcegaglia.

"Il y a des points positifs dans le programme du nouveau gouvernement: la baisse de la pression fiscale, la remise de la recherche, de l'innovation et des écoles au centre de l'attention, et l'attention portée aux investissements dans les infrastructures", alors que "0,6% du PIB est bloqué pour cause d'infrastructures non réalisées".

Mais, insiste-t-elle, "l'important, c'est que cela se transforme en actes et que l'on ne se retrouve pas de nouveau dans une situation où deux forces politiques feraient des compromis au rabais, pour survivre, sans accomplir les choses dont le pays a besoin".

"Nous espérons qu'il (le nouveau gouvernement) commencera à travailler rapidement", renchérit Emanuele Orsini, président de la Fédération de l'ameublement.

"Nous devons sortir de la campagne électorale. Nous avons besoin que les mots deviennent réalité, car les entreprises doivent pouvoir programmer sur 4-5 ans", explique-t-il à l'AFP, en soulignant que les 14 mois de gouvernement populiste ont été compliqués pour le monde économique.

- Innover -

Pour lui aussi, la baisse de la pression fiscale est essentielle "afin que les ménages puissent consommer davantage", tout comme l'attention portée aux jeunes, qui connaissent un taux de chômage très élevé (28,9% pour les 15-24 ans) et les investissements dans les infrastructures et l'innovation.

Les entrepreneurs espèrent ainsi la relance promise du plan Industrie 4.0, prévoyant des incitations fiscales pour les entreprises qui innovent et se modernisent. Ce plan a, selon eux, fonctionné extrêmement bien, notamment auprès des PME qui ont pu rénover leurs usines, investir dans la numérisation des processus et devenir ainsi plus compétitives.

Francesco Starace, patron du groupe énergétique Enel qui s'est orienté ces dernières années vers les énergies renouvelables, se félicite aussi que le nouveau gouvernement souhaite mettre l'accent sur une économie plus verte, "plus efficace et émettant moins de CO2": "c'est une grande opportunité pour notre pays parce que l'Italie a une prédisposition naturelle pour les énergies renouvelables" et est l'"une des plus circulaires au monde".

Dans sa tâche, le gouvernement italien sera aidé par la nette baisse des taux d'emprunt (sous les 1% sur 10 ans ces derniers jours), note le président de la banque italienne Intesa Sanpaolo, Gian Maria Gros-Pietro.

Mais insiste-t-il, "pour croître, il faut contenir le déficit public parce que c'est un énorme impôt sur l'économie italienne".

Et selon lui, la priorité de ce gouvernement doit être "avant tout de redonner à l'Italie un rôle central en Europe. Il nous revient, nous sommes un pays fondateur et l'une des plus importantes économies européennes".

"Nous souhaitons que l'Italie ait un partenariat fort avec l'Europe et contribue aussi à changer un peu la politique européenne, qui aujourd'hui peut-être porte un peu trop d'attention au déficit: il faut se concentrer davantage sur la croissance et les investissements dans les infrastructures, plutôt que sur la politique monétaire", estime de son côté Mme Marcegaglia.

L'Italie affiche, après la Grèce, le ratio d'endettement le plus élevé de la zone euro (132% du PIB).

Les spécialistes ont souligné que le nouveau ministre de l'Economie et des Finances Roberto Gualtieri avait plaidé, en tant que président de la commission des affaires économiques du Parlement européen, pour un assouplissement des règles budgétaires européennes (déficit sous les 3% du PIB, dette à moins de 60%).

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