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De la Sibérie à Moscou, débrouille et petits boulots pour les retraités

De la Sibérie à Moscou, débrouille et petits boulots pour les retraités
Des femmes âgées assises sur un banc près du drapeau russe, le 15 septembre 2018, dans la banlieue de Saint-PétersbourgKirill KUDRYAVTSEV
Russie

De la Sibérie aux environs de Moscou, petits boulots et débrouille constituent le plus souvent le quotidien des retraités russes, faute de pensions suffisantes pour subsister.

La réforme des retraites, votée mercredi par les sénateurs russes et qui doit désormais être promulguée par le président Vladimir Poutine, a provoqué un vif mécontentement en Russie car elle touche une couche de la population particulièrement vulnérable.

- Anastasia, la danse même à la retraite -

Sur la place de la Révolution d'Oulan-Oudé, en République de Bouriatie (Sibérie orientale), le cours de danse latine bat son plein : Anastasia Aksaïéva dirige une dizaine de danseuses sous l'oeil amusé des passants.

Deux fois par semaine, cette retraitée aux cheveux blonds enseigne la danse aux personnes ayant dépassé 55 ans, l'âge officiel du départ à la retraite pour les femmes en Russie. La réforme actuelle doit faire passer cet âge à 60 ans.

"Il n'y a plus de place dans mes cours, ça marche très bien", se félicite Anastasia Aksaïéva. Récemment, l'une de ses danseuses a même gagné un concours pour séniors.

A 61 ans, Anastasia a la chance de pouvoir vivre de sa passion et de son ancienne profession : jusqu'à sa retraite, elle était chorégraphe à l'académie culturelle d'Oulan-Oudé, un travail qui lui permettait de partir à l'étranger avec ses élèves pour des compétitions de danse.

"Mais aujourd'hui, avec mes revenus, ce n'est plus possible", regrette-t-elle.

Depuis six ans, Anastasia, qui est veuve depuis longtemps, reçoit une retraite de 15.000 roubles par mois (moins de 200 euros), tandis que ses cours de danse et de gymnastique lui rapportent environ 10.000 roubles supplémentaires. De quoi assurer une "bonne retraite" à celle qui vit seule dans un appartement du centre d'Oulan-Oudé.

"Je pense que si une personne peut continuer à travailler après la retraite, il faut le faire (...) Bien sûr, c'est plus facile quand on est docteur ou instituteur", affirme-t-elle.

Pour elle, la vie d'une femme à la retraite ne doit pas ressembler aux clichés sur la "babouchka", une grand-mère russe qu'on imagine passant son temps à cuisiner, faire les courses et à s'occuper de ses petits-enfants.

"On est au XXIe siècle. Avec une attitude positive et du temps, on peut tout faire", estime-t-elle. Son fils unique n'a pas d'enfants.

A défaut de pouvoir visiter Paris, le rêve d'Anastasia est d'organiser un jour une grande démonstration de danse sur la place principale d'Oulan-Oudé : "On mettra le feu et on montrera à la jeunesse que nous sommes là, que nous ne restons pas assis devant nos halls d'immeubles et que nous allons de l'avant."

- Igor, des sous-marins au bricolage -

Autour de la petite maison en bois d’Igor Drovnikov, les maisons traditionnelles russes tombent en ruine et les herbes folles ont depuis longtemps envahi les jardins.

Dans son village, à 150 kilomètres au sud-ouest de Moscou, dans la région de Kalouga, il n'y a pas d’eau courante, pas d’accès au gaz et la première route en macadam est à 12 kilomètres. Le vieil homme y a acheté sa bicoque en 2005, trois ans avant la mort de sa femme.

Ancien mécanicien sur les sous-marins des chantiers navals de Severodvinsk (nord-ouest), Igor Drovnikov, 70 ans, touche une retraite de 14.400 roubles par mois (185 euros), exactement la moyenne du pays.

"Cela suffit pour manger, mais on ne peut rien se permettre", constate ce retraité aux yeux bleus, qui puise son eau dans les puits alentours, achète à grand frais des bonbonnes de gaz et mange les tomates, les pommes de terre et l'ail qui poussent dans son potager du village de Boboli.

“Des voisins me donnent aussi des légumes et des fruits en échange des petits bricolages et un peu d’argent si j’arrose leurs plantes quand ils partent".

Cette vie frugale ne lui déplaît pas. "J’aime le travail de la terre. Avant, où je vivais, ce n'était pas possible."

Il y a un an, Igor Drovnikov a fait un AVC et l’ambulance a mis quatre heures à arriver chez lui, l’hôpital le plus proche étant à 32 kilomètres.

"C'était une petite attaque, aujourd’hui tout va bien", assure-t-il.

Pour arrondir ses fins de mois, le retraité fabrique des bancs en bois qu'il part vendre tous les mois à Moscou. Il répare aussi les toitures de ses voisins. Dans son atelier, ses gestes sont toujours précis et efficaces.

"A part moi, personne ne gagne d'argent dans notre village. Moi je fabrique des bancs, les autres non. Ce sont des fainéants et des bourgeois !”, conclut-il, fier d'avoir reçu, pour ses longues années de labeur, le titre de "vétéran du travail" de la Fédération de Russie.

video-bur-rco/gmo/bds

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